« Pensez ! » Nietzsche
***
Qu'est-ce
que l'animal, sinon un vivant symbole de la nature ?
Nature
fermée, consciemment, au sens de volonté originelle, dans son
orientation intrinsèque fermée à
la lumière de la violence
destructrice d'une raison humaine d'arasion attilesque,
malade de contrôle et de
maîtrise. L'humanité se vante et
hausse supérieurement
en
imposant
la dictature d'une certaine conscience
humaine, sociale, morale (…) comme celle, supérieure,
d'une sorte de surmoi totalitaire érigé
en « lumière » interne et externe
de toute technique et de toute culture.
De
ce surmoi (auto-)destructeur, Krishnamurti a dit assez
ce qu'on pouvait penser et
espérer. Les comptes sont
apurés. Reste les responsabilités têtues d'un
désespoir méthodiquement injecté.
Les Mengele pragmatiques
autant que les
idéologues officiels de la
propagande, sans lesquels il n'y a pas de « science »
appliquée.
De ce surmoi, nous avons vu ce que les nazis ont fait, ces empereurs
du monde moderne.
Et
pas seulement eux,
chez nous : le Vel d'hiv est bien
cette tâche de sang
indélébile souillant à jamais l'histoire
du pays
de France,
comme l'a si bien déclaré
un certain Jacques Chirac. Tâche
mémorielle de martyrisation
ignoble
d'un peuple, aussi négativement essentielle
pour le français que celle
de la Saint Barthélémy (au
hasard historique de son
épopée) – peuple
de France qui, dans son
excellence vraie
et indéracinable, comme l'a
largement montré Hugo, est, avec d'autres, sacré,
intouchable – tâche,
blessure, cicatrice parmi tant
d'autres, comme
chez tant d'autres peuples
martyrisés
aussi, marquant,
définitivement secrète,
la fissure et
la fin
d'une collaboration, entre culture et peuple, avec les
maîtres du mal. Symbole :
Javert, monstre kafkaïen. Traçant
toutes les perspectives…
encore à
venir.
Pour
les
maîtres noirs, du-monde ou à-penser, le peuple a toujours été la
bête, sauvage ou immonde.
Bête
à saigner ou à abattre, cochon
ou dragon, à soumettre aux
pires abus et humiliations, aux traitements les plus inhumains
appropriés. C'est que
l'humain humaniste, platonicien,
cartésien, pseudo-chrétien ou
pseudo-athée (…),
s'est toujours
défini contre
l'animal, s'est construit à
contre- animalité, sur
sa négation pure et
simple, avec une
raison exterminatrice
calculatrice et instrumentale
conquérante, géométrico-philosophique
grecque,
technicienne-industrielle. Le
mal, l'ennemi c'est l'animal
en soi avec
ses « fausses » valeurs, source de diabolicité.
En
ce sens « l'animalisation de l'esprit » est sans doute
l'une des terreurs essentielles de
l'Occident.
Terreur
millénaire de soubassements
psychiques humains
« manufacturés », primaires
et secondaires, racine
occulte
du terrorisme intellectuel le plus profond, le
plus naturalisé. D'où
certainement aussi, sous un certain féminisme d'imposture
contemporain,
loin de toute vérité sociale ou simplement humaine, toujours dans
ces
soubassements croupissants d'une âme humaine murée et encagée dans
une urbanisation spirituelle
d'élevage plutôt que d'élévation, cette sorte de d'efféminisation
subtile et sournoise d'un rationalisme déjà si
angélique-purificateur. Très adapté à la raison
fonctionnaire-(post-)industrielle
de la nouvelle donne de la
condition humaine.
Divine,
impériale hauteur de cette (dé)raison-là,
basée sur un abaissement
inversement proportionnel
de la raison animale première.
Celle du bon sens et de
l'instinct positif sensible, sensitif.
Démesure,
cette divinisation
de son empire
économico-culturel n'est que
la construction intellectuelle magistrale-négationniste,
nihiliste, – avec
sa doucereuse-perfide,
ludique-libertaire, infantile-maternaliste imposition
psycho-sociale – , de l'humiliation même
de la condition et de l'esprit animal
et de la nature en général. Renversement absolu,
exact de l'ancienne culture
universelle venue de l'animal, comme l'ont montré partiellement
Darwin et Kropotine à sa suite, qui avait permis à l'humanité de
s'élever à un équilibre supérieur de paix et de coopération avec
les forces naturelles de la
vie, sans en exclure aucune,
ni favoriser quelque mal
sorti de son trou à rat
réservé,
au nom du bien,
collectivisé ou pas.
Qui
joue avec le balancier ?
Ces
forces, maîtrisées sans dictature ni laxisme,
d'harmonisation et de respect,
séculairement cultivées en Europe et ailleurs, sont
en voie d'achèvement de destruction, sous couvert de modernisation
des esprits.
Leur
esprit de joyeuse et tragique
liberté, d'amélioration des
besoins et de leur satisfaction primaire et supérieure, n'étaient
pas compatibles avec
le niveau inférieur d'une certain catégorie d'esprits malades ou
limités, engendrés par les
progrès rationnels
envahissants de l'empire d'une
culture d'entreprise de démolition du
monde : il
faut « déconstruire »
pour dominer
le monde, comme on domine
l'animal sauvage ou domestique, avant
de pouvoir le ravaler
rationnellement
au rang d'objet ou d'instrument d'un désir aveuglé,
archaïque
perverti,
corrompu, empire
délirant normalisé,
déguisé en force officielle
d'excellence et de de beauté, de justice et de vérité.
Ces
forces et formes de pensée unique
monomaniaque sont
à la
racine active tumorale
de la pathologie élitiste
et de masse du fascisme en général.
Quelle
que soit la forme de
son imposture : religieuse ou économique, technicienne ou
citoyenne, capitaliste ou
socialiste, démocratique ou républicaine.
Elles devront donc
inévitablement rendre des comptes
de leurs calculs, de leur pratique, de la
violence de leur mensonge,
humiliations
faites
à l'intelligence et au cœur humain, perpétrées
dans la
plus haute trahison ordinaire ou
historique, discrète
ou ouverte.
C'est
devant l'histoire vivante
de cette trahison qu'elles
devront le faire, la vie se
chargera de les juger, pas les procureurs, encore
moins les anti-procureurs
alternatifs du
système : il n'y a pas d'alternative à un système ne laissant
pas d'alternative à la vie.
Comme
l'a dit Gandhi, il y a un lien indestructible intrinsèque entre
vérité et non-violence. L'oubli
de ce lien est un ticket direct pour la déchéance, graduelle ou
brutale. Sa négation signe l'acte d'une
irréversibilité
générationnelle vitale-historique de
cette déchéance.
Mieux
vaut lire ou relire La Chute
de Camus, avant de sauter dans le bonheur du vide ambiant.
De
choisir La Peste au
Choléra. Merci
pour nous. Ce Nous,
dont il parlait si bien, mais si seul qu'il
n'en pouvait déjà plus exister et survivre que dans un
être toujours et encore
suspect, pour ne pas
dire maudit .
Est
maudit qui maudit.
Camus
l'Étranger, mais
attention ! aussi bien à l'endroit qu'à l'envers.
Lui, le presqu'Arabe, le pas assez proprement
révolutionnaire aux pieds
sales, traître aux frères ennemis, impulsif,
instinctif, poète sensuel
et tendre, solaire lucide, mais
sentimental en creux, romantique presque.
Attention à l'ironique caricature d'un étranger à l'humanité
en forme de
pied-de-nez à l'existentialisme établi.
Ce même existentialisme
politique, récupérateur, malgré
tout, d'un
Meursault victimisé ou jugé une seconde fois.
Accusateur d'un Camus blanchi,
moqueur du nobélisé naïf,
collabo, franc-tireur narcissique, crypto-chrétien ou
néo-nietzschéen, mais à abattre.
Absolument rien n'a changé.
Camus
ou Gandhi, citoyens
d'une vérité contre un État de choses sans fraternité,
de
violence
pure, déraisonnable,
dont l'humanisme industriel
est une insulte froide et javertienne à notre
humanité hugolienne, fût-elle un moment de temps historique
inacceptable, déchue, dépassée,
obsolète.
Humanité
ordinaire que le politique
ignore impunément du haut de sa vertu policière offensée,
celle que lui donne non la loi, mais une
logique formelle
drapée, ceinturée, coiffée, ornée, décorée comme
un pitoyable personnage de comédie italienne, entre larmes et rires.
Le spectacle continue !

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