L'Histoire
n'a pas le temps, pas de temps à perdre : « les temps
sont venus », une mécanique événementielle infernale écrase
tout ce qui bouge, preuve qui tue que ce qui change ne peut être que
logique et contrôlé,
administré, comme nos vies. Mais encore embarqué dans une
action purifiée, celle d'un
devenir absolu,
monarchie de
temps décervelés par l'action politisée déferlant
sur des esprits naturellement
affolés : ce qui change l'étant toujours
au détriment d'un intérêt ou d'un pouvoir, jamais pour du mieux
pour tout le monde – ce qui reste chose curieuse
quand on réfléchit
relativement aux bons principes fondateurs de
nos mensonges institués.
L'intérêt général serait celui d'égoïsmes sanctifiés,
sanctionnés, sacrés ?
D'un
autre côté, pile si on veut, on est face à une Histoire portant
et comportant, elle, seule
autorisée désormais,
le mythe d'un construit
sacrificiel contre un
« donné » à la scandaleuse gratuité naturelle à
abattre. Dans
une dimension idéologique religieuse de remplacement, donc
politique-péguyienne,
la Machine Sociale, en réalité économique, faisant office de
pourvoyeuse de sens incarné,
ou plutôt consommé, sommé, avec son feu divin
volé, son imagerie
« popularisée » d'illimité
et de fausses libertés. Délinquance
pure aurait estimé un
connaisseur comme Baudelaire.
Voilà là bien comme la
dynamique interne de cette statique statistico- étatique.
Suçant toute matière et toute énergie jusqu'à la moelle, jusqu'à
l'os spirituel, avec tout ce
temps-puzzle perdu
enroulant et reliant deux forces fissurées de l'intérieur au creux
de la double vague des cycles qui nous enracinent dans
une éternité désormais occultée, interdite.
Raison
pure, teutonne en diable,
attendant l'inédite obscénité de son déjà vu.
L'Histoire, temps matériel tyrannique et arbitraire s'il en est,
chevillé et chenillé,
enchaîné à son impériale nécessité,
celle qui se rit de la réalité, contraint, systématique,
fanatique. Ses philosophies auront été nos
superstitions cachées, – au
contenu latent plus nocif encore que celui des plus bestiales :
le psychologisme comme ultime barbarie – de temps modernes,
illusoires, progressistes, jaloux et désespérés. Comme la
République du Désir de Sade, divin prophète pavé
d'ombre révolutionnaire, le
post-humain aura vainement tenté de théoriser l'arbitraire temporel
en rationalisant le divorce d'avec le monde naturel des mythes
porteurs. Comme nos
arbres, ses murs et ses
digues auront été
décidément abattus les uns après les autres, avec
des explications de vertu,
laissant place à une étrange clairière de vide
« mongolien ».
Mais
pour ceux, Amis de la Résistance, pour qui l'Histoire n'est ni un
dieu mangeur d'hommes à l'image de Chronos et de ses corbeaux, ni
une théorie spiritiste du chaos – en un mot une fin en soi – ,
ceux-là ne sont nullement concernés par cette chrono-pathologie :
demeure étrangement intact un temps non industriel s'écoulant
encore à hauteur d'homme ou d'animal, espace sacré d'une infinité
secrète, celui du Grand Sablier, cascade surréelle de l'être
exprimant la pure beauté calligraphique de ses petites hydrologies
tragico-paradisiaques, alternant pour le bonheur des survivants,
oasis et vallées larmoyantes sur le long cours de son artisanal vécu
« même pas passé », comme
affirmait fortement Faulkner depuis
son Deep South.

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