Ne
jamais avoir cru devoir un jour penser l'exil. Hélas déjà là,
présent à la pensée, déjà si nécessaire face à
l'irréelle réalité chaque jour un peu plus rampante vers le
coin le plus fragilisé du cerveau – pour y faire son nid
cancéreux, noyau froid et sec, subtil centre de commandement.
Alien.
« C'était
des temps déraisonnables », disait le poète à propos de ceux
de la dernière guerre : la vérité, étrange vérité
– comme la défaite
– que ces temps qui n'auront jamais pris fin, pour finir.
Sournoisement incrustés quelque part dans un pli de mémoire,
prospérant sur l'oubli imposé d'après-guerre, avec ses
morales reconstructivistes de circonstance, de non-assistance.
Comme un cancer se développe 20 ans après sa fabrication
biologique, temps mûri, produisant à l'ombre de soi ses basses
œuvres mentales et sentimentales au son intérieur nuit d'un
bandonéon de tango en débandade. Dernier Tango à Paris.
Temps venus, revenus, fantômes fous, furieux, désespérés, misères
noires comme « l'ordre » avec son métro aérien ou le
robot géant du film impressionniste allemand. Golem d'acier. King
Kong accroché à l'aiguille financière.
Exil
hugolien à venir, réel ou surréel,
signe céleste, cloche
de victoire sur la ligne de
démarcation affûtée entre l'intérieur et l'extérieur du cadre
tout en bas, tombé,
ni défaite ni
fuite en avant ou en arrière. Mais
victoire sur le
quant à soi sans moi.
Renoncement libérateur,
refus définitif de collaborer à
la recomposition matérielle,
contre-nature, à ses
misérables leurres
mécaniques (Shell
Beach)
; ceux
du
grand oui camusien,
enfin
offrande parfaite, silencieuse comme la
mère, muette de vie subtile, immense vide créateur, matriciel
ouvert sur l'éternité minimale du devoir de conscience
animale, tout
tremblant de son insaisissable
substance émergente, irradiante
comme le sax du soleil.
Naissance
ou renaissance de cette Légende des Siècles
dont l'ordre à venir
voudrait à tout prix nous délivrer et nous priver, nous
amnésier. Ablation, l'image
« animée »
ne parle pas, elle est sans
parole, sans ce silence
originel des sphères et des glandes, des orbes et des cercles, des
orbites et des espaces, des cycles et des révolutions.
Nous
évoluerons donc, ne
reviendrons pas, ne demeurerons
pas, voyageant
encore et encore, comme le grand Jack – hobo
solitaire sur le train bondé de ses méditations,
sans fin dans les consciences cosmiques des enfants et des bêtes, de
la
pierre, antique
ou pas, et de l'eau,
usée ou pas, nous coulerons nos
jours ailleurs,
étranges et inchangés en
leur moyeu même. Dans
les flux et reflux inflammables
des cultures et des langues,
des
chants et des
symboles, dans les
monde parallèles enroulés
de l’analogie et du
lien, le
chant
magnétique des
émotions chamaniques, dans
les
spiritualités mouvantes du
vent et du
sable stellaires.
Qu'importe ?
Dans
le Blues christique d'un Bouddha karmique enclavé, crucifié, mais
vivant, humain debout comme
un signe zodiacal, sans
pouce romain,
paume au ciel nietzschéen
pacifié
du
second Camus. Tendu rimbaldien
ou bride
au
cou, arc en ciel sous-marin,
ivre d'immobilité, translucide et patient. Patient comme le
temps hindouiste d'après le temps avec
ses cycles à six zéros.
Nous renverserons l'envers et l'endroit,
nous déverserons, traverserons
tout, entiers et intouchés,
arbre de la forêt primaire,
abritant la méditation et l'éveil d'un Prince démocrate. Le
vieil arbre aux oiseaux, avec ses feuilles d'herbe.
Sur le retour de sève dans son Lotus avec
ses notes coulées, urbaines comme les larmes de pierre du film
magistralement adapté du roman dickien.
Puisque
le jazz survivra.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire