« (…)
la vérité a des droits dont il faut tenir compte. Si nous avons eu
raison de dire que le mensonge inutile aux dieux est quelquefois pour
les hommes un remède utile, il est évident que c'est aux médecins
à l'employer, et non pas à tout le monde indifféremment (…)
–
C'est donc aux
magistrats qu'il appartient exclusivement de mentir pour tromper
l'ennemi ou les citoyens, quand l'intérêt de l’État l'exige. Le
mensonge ne doit jamais être permis à d'autres (…) tout citoyen
s'il est convaincu de mensonge, sera sévèrement puni comme tendant
par sa conduite à renverser et perdre le vaisseau de l’État. »
PLATON, LA RÉPUBLIQUE
***
« Ni
dans les hiérarchies du travail et du pouvoir, ni dans la famille,
le déclin de l'autorité ne provoque la destruction des contraintes
sociales ; il ne fait que priver celles-ci de toute base
rationnelle.
(…)
lorsque les parents n'administrent pas une punition équitable,
l'estime que l'enfant porte s'en trouve diminuée plutôt que
renforcée ; de même, la corruption des pouvoirs publics –
leur acceptation de fautes mineures – rappelle son assujettissement
à l'individu subalterne, en lui faisant sentir qu'il dépend de
l'indulgence de ses supérieurs.(…)
La
société ne s'attend plus à ce que les autorités formulent un code
des lois et de la moralité clairement raisonné (…) Elle demande
seulement qu'on se conforme aux conventions de la vie quotidienne,
sanctionnées par les définitions de la conduite normale qu'en
donnent les psychiatres. » CHRISTOPHER LASCH, LA CULTURE DU
NARCISSISME
***
Toute
autorité vraie est morale, qu'on le veuille ou non, elle
n'est ni sociale, ni religieuse, ni politique, ni économique ni
philosophique ni scientifique ni métaphysique. Mais qu'est-ce qu'une
autorité morale ? Un principe ? Une pratique sociale
? Une idée ? Une institution ? Une nécessité pure ?
Une logique pure ? Une autorité en soi, hors sol ? Un
intérêt général particulier ? Une famille intellectuelle ?
Une culture, une civilisation ? Une superstition ? Une
volonté commune ? Un inconscient collectif ? Une
aliénation ? Un système technicien ?
Ou
d'abord une vérité que le respect simple, mais courageux
maintient vivante et humaine, à la hauteur nécessaire à sa
préservation, orientée vers sa perfection relative, réfléchie
jusque dans son instinctuel le plus brut, maintenue dans cet
équilibre spirituel qui donne à la vie matérielle une valeur
supérieure à partir d'un rehaussement intrinsèque de ses
besoins de base, sans jugement orienté a priori, pour la
légitime satisfaction de son sens ascendant naturel, celle
de ses besoins dans leurs convergences verticales, sans les trahir
par un négationnisme horizontal médico- industriel (…) ?
Ce
qui répond à ce respect sans prix est donc une confiance sans
prix non plus, hors marché et des dialectiques infernales
de son système psycho-logicien. De cette confiance en soi
aussi, jaillit toute raison, non d’État, mais de ce qui est, de
l'être, mais transcendante émersonienne ou nietzschéenne,
peu importe la nature de l'esprit qui la reconnaît,
naturelle et sociale, culture
première et secondaire sans rupture
de continuité, historique ou métaphysique.
Nourriture
naturelle pour un corps social addict à une chimie industrielle
avancée et dont les défenses
ont été neutralisées
– pour son bien-être
psychologique ou son équilibre mental de remplacement – une
idée non pas tant
nouvelle que saine apparaît
pour cet organisme dépendant
comme une intolérable agression, comme un lâchage voire une lâcheté
anti-progressiste. La
plus cruelle ironie du sort n'étant
pas la nécessité absolue,
pour un monde corrompu en profondeur, de progresser, « d'avancer »
sans cesse, sans plus de rime
ni de raison, dans une sorte
de cercle vicieux, d'illusion, vers la
hauteur imaginaire
de sa prétendue progression assurée
vers le meilleur ou le mieux
? Élysée
Reclus, l'immortel
poète-géographe de la « La
vie d'un ruisseau », ironisa justement sur ce qu'il nommait
parfaitement : « évolution régressive ».
« Progresser »
donc, slogan ou incantation pour aller vers
une sorte d'amélioration de
sa corruption, un monde à la virginité refaite –
toutes peaux dehors
tirées – dans une sorte de
révolution permanente ?
Sorte de brassage des valeurs dont la teneur vient plus du subtil
degré d'alcool illusoirement distillé que de sa teneur en vertu
médicinale vendue, mais sans demande ni besoin réels, donc sans
nécessité interne « anti-dépressive autorisée ».
La question est celle de la vieille sagesse grecque de la
mesure et l'argumentaire
de masse du charlatan
miraculeux.
Mesure,
non pas celle l'eau tiède de
la soumission, mais celle, non instrumentalisée en tempérance
d'obéissance standard, d'une liberté mesurée, au
double sens, dans ses
autonomies de grandeur, de vérité et
de limites.
Quelle est cette autorité
soignante psycho-éthique des seuls effets de ses défaillances,
sinon pure et simple haute trahison, au nom de la vérité
officielle du
moment ? Le but et la
fonction de la vérité serait donc le soin psycho-social ?
Pseudo religion pour un
3ème millénaire post-humaniste ?
Elle
ne serait plus le poids moral
de celui qui porte une responsabilité ou
volonté d'action, que ce
soit à la base ou au sommet – où l'altitude exige que les
meilleurs demeurent soumis aux rigueurs abyssales du
renoncement aux « tentations »,
d'une justice absolument
humaine et vraie, et
non aux ivresses
éculées et acculées des sommets
du commandement ? Mêmes
ivresses réservées,
trop humaines par ailleurs
que le monopole
impérial décadent incite
à interdire cruellement
au peuple d'en
bas au nom d'une vertu
platonicienne ? Hélas,
la bassesse ne peut provenir
d'en bas : elle n'est jamais qu'une trahison du haut par le
haut. L'humanité n'est pas un principe, elle est la source, la
matrice, l'esprit, le reste, réglementaire ou pas,
n'est que mensonge, comme l'a vu Camus. Tête
pourrissante d'un poisson d'avril, puisque
certains principes corrompus ne sont plus que des farces sans
l'humanité historique et non-historique qui les fait vivre et être.
Retour
à l'idée
pointée plus haut. Cet
idéalisme-là est plus
que de façade : l'équilibre mental est d'abord, chez lui,
logique, rationnel ou plutôt cohérent,
même si ce n'est qu'au non-sens
du tautologique. La
progression idéale se fera, hélas, donc vers une corruption
supérieure au nom des
bons principes
ou plutôt des
bons sentiments –
puisqu'un principe n'est bon
en fait que
vérifié dans ce qui est
« ici et maintenant » comme répètent les bons apôtres
d'un
« changement » travesti en science politico-médicale,
ce qui est plus simili-démocratiquement adossé à la peur
de s'écarter de la norme de survie et de jouissance autorisée.
Le
mensonge (autori)intériorisé
peut être une force psychologique déterminante,
comme tous les fanatismes le montrent, hélas, le noyau dur de toute
normalisation. Ce sont d'ailleurs plus que des fanatismes, ce sont
des pathologies religieuses,
comme les analyses en profondeur l'ont toujours montré discrètement,
après Hitler. Parce que,
comme l'a dit William Blake il y a bien longtemps déjà :
« pour qu'une vérité existe, il faut commencer par y
croire », on voit qu'à
ce niveau-là la différence entre vérité et mensonge ne joue plus,
sous certaines
conditions.
Ces
conditions sont évidemment celles de la propagande – même si tout
n'est évidemment pas propagande : la bonne
intention ne pouvant en être qu'un vecteur instrumentalisé au
plus, pas une
source négative comme le
prétend, dans son terrorisme intellectuel, tout organisme aux abois
de l'inéluctable (retour de bâton des responsabilités directes et
indirectes). Mais qu'est-ce
que la propagande sinon un réponse précise et corrompue
au besoin profond de croire et vérifier ?
Si
on suit Platon dans sa République, l’État est la source de toute,
le garant de et le seul autorisé
à concevoir et dire la vérité. Vérité
officielle comme à l’Église,
à laquelle le droit ne peut
qu'être inévitablement lié, pour ne pas dire logiquement et
idéologiquement enchaîné.
Le mot « autorisé », ici, tourne autour de lui-même
comme la plus autocratique
tautologie, loin de toute démocratie en tant que vérité des gens
et plus encore de leur dite volonté ou de
leur naturel
et simple
agrément.
Cette
curieuse « république philosophique »
n'a de chose publique que sa terreur
intellectuelle, son autorité,
son ordre, son application, si on veut, sa logique.
Plus que tout, au plus ou au mieux, elle suppose et ne peut se justifier que par un minimum d'intégrité et d'innocence active, "innocence" que le calcul philosophique ou la dialectique analytique la plus supérieure ne peut "produire" -- pureté d'âme venant de cet être tant chéri par Platon, mais qui ne se construit pas dans la tête, même d'un génie ou dans le laborieux mérite d'un ascète-citoyen. Innocence, mot qui fait rire les réalistes non-dostoïevskiens qui n'ont jamais vu ni le bien ni le mal en tête-à-tête et qui se contentent de les penser fonctionnellement pour les autres dans la seule leur.
Innocence que les divers raisonnements de Platon mettent surtout à mal dans sa possibilité même d'existence – peut-être pour pouvoir, au final, justifier la dictature logique de son excellence et de sa perfection formelle, si loin de l'inaccessible "être" si formellement glorifié. Machiavel couvait déjà, ne restait plus qu'à fabriquer sa crédulité politique, non sa crédibilité.
Il n'y a pas de dualité en "être et naître", il n'y a qu'une différence relative, côté "naître", qui fait que croire et croître sont mystérieusement liés, comme le sont peuple et génie dans le génie d'un peuple. Mais qui fait aussi le doute et la séparation, l'exclusion (scientifique grecque) -- ce mot tellement à la mode -- à la source du guerrier occidental comme de la guerre universelle.
Plus que tout, au plus ou au mieux, elle suppose et ne peut se justifier que par un minimum d'intégrité et d'innocence active, "innocence" que le calcul philosophique ou la dialectique analytique la plus supérieure ne peut "produire" -- pureté d'âme venant de cet être tant chéri par Platon, mais qui ne se construit pas dans la tête, même d'un génie ou dans le laborieux mérite d'un ascète-citoyen. Innocence, mot qui fait rire les réalistes non-dostoïevskiens qui n'ont jamais vu ni le bien ni le mal en tête-à-tête et qui se contentent de les penser fonctionnellement pour les autres dans la seule leur.
Innocence que les divers raisonnements de Platon mettent surtout à mal dans sa possibilité même d'existence – peut-être pour pouvoir, au final, justifier la dictature logique de son excellence et de sa perfection formelle, si loin de l'inaccessible "être" si formellement glorifié. Machiavel couvait déjà, ne restait plus qu'à fabriquer sa crédulité politique, non sa crédibilité.
Il n'y a pas de dualité en "être et naître", il n'y a qu'une différence relative, côté "naître", qui fait que croire et croître sont mystérieusement liés, comme le sont peuple et génie dans le génie d'un peuple. Mais qui fait aussi le doute et la séparation, l'exclusion (scientifique grecque) -- ce mot tellement à la mode -- à la source du guerrier occidental comme de la guerre universelle.
Le
peuple ici, sa différence, son altérité terrestre, sa culture, sa cosmologie et sa sagesse sont niés radicalement
à priori : une élite
de fer, sélectionnée selon
les seuls critères essentialistes étatiques,
systémiquement auto-contrôlée de la naissance à la mort comme
toute vie privée,
indique et trace, seule comme
Robespierre le maudit, le chemin obligé du
bonheur du peuple
relativement au
maintien impérial de
la santé d'abord et exclusivement étatique.
Santé sur laquelle les magistrats ont haute main chirurgicale, que l'intérêt étatique exclusif alourdit éventuellement, mais nécessairement dès qu'une vérité cesse de s'identifier à son seul intérêt proprement autistique. Dans ces conditions, parler d'indépendance de la « justice » n'apparaît ni sérieux ni même envisageable. Il y a déraillement et corruption intellectuels et moraux dès le départ : le politique n'est ni réparable ni même réel au sens de "réaliste", comme le voient trop bien les manipulateurs libéraux de tous poils. Ce que Simone Weil, cette pourtant platonicienne, a très bien montré.
Confucius l'a suggéré : il y a corruption dès que l'irrespect envers les parents -- de la parentalité du peuple dont on vient, et non seulement à partir de l'apparence même d'un paternalisme inverseur -- est ouvert. Les vannes de cette inversion sont la source de toute corruption et de l'irrespect, la première négation de "l'être". Cet être parfois si simple et élémentaire, dont l'approche commence avec ce que Simone nommait l'attention.
Santé sur laquelle les magistrats ont haute main chirurgicale, que l'intérêt étatique exclusif alourdit éventuellement, mais nécessairement dès qu'une vérité cesse de s'identifier à son seul intérêt proprement autistique. Dans ces conditions, parler d'indépendance de la « justice » n'apparaît ni sérieux ni même envisageable. Il y a déraillement et corruption intellectuels et moraux dès le départ : le politique n'est ni réparable ni même réel au sens de "réaliste", comme le voient trop bien les manipulateurs libéraux de tous poils. Ce que Simone Weil, cette pourtant platonicienne, a très bien montré.
Confucius l'a suggéré : il y a corruption dès que l'irrespect envers les parents -- de la parentalité du peuple dont on vient, et non seulement à partir de l'apparence même d'un paternalisme inverseur -- est ouvert. Les vannes de cette inversion sont la source de toute corruption et de l'irrespect, la première négation de "l'être". Cet être parfois si simple et élémentaire, dont l'approche commence avec ce que Simone nommait l'attention.
Ici, dans l'utopie platonicienne pré-communiste, l'État
n'est pas ou plus pour le peuple, au contraire : le peuple n'est
que pour l'État, ne vit que pour lui, par lui, par
stricte procuration,
perfusion, d'où
sans doute la si subtile formule ânonnée
: « L'État, c'est
nous ». Si les vérités étaient confondues, les intérêts
pourraient sans doute l'être un peu mesurément,
autant dans la logique que
dans la réalité, mais on
voit que c'est
loin d'être le cas déclaré.
Quel peut donc être le sens d'un État qui n'a ni le sens des gens
ni celui de leur vérité ? N'y a t-il pas plus absurde
construction, plus folle spéculation, plus
démente institution ?
Si la
psychiatrie menace,
commençons par celui-là !
Une
vérité non conforme
à l'intérêt de cette République « platonique », donc
coupable de haute trahison, malade
de corruption citoyenne aiguë : on voit comment et pourquoi
Socrate fut immolé à de semblables principes, côté irrationnel
des choses, et comment, pourquoi enfin et surtout
l'autre, au pouvoir, le
côté rationnel, dans
la vertu même de son « fondement », est pire,
plus déraisonnable encore en son
« institution » que le primaire lui-même –
comme le vit Camus, encore lui !
Puisqu'il prétend à une vérité universelle, scientifique, en singeant la divine violence mystico-infantile régressive du sadisme, et surtout en instituant son monopole comme signe de la plus haute sagesse. Comment Platon a t-il pu passer à côté d'une telle infamie ? Pour qui et à quoi œuvrait-il, le philosophe désintéressé, l'expert géomètre ? A la perte de la philosophie ? Au retour de la tyrannie ? Il y a parfois des mystères en Grèce antique, plus que de raison.
Puisqu'il prétend à une vérité universelle, scientifique, en singeant la divine violence mystico-infantile régressive du sadisme, et surtout en instituant son monopole comme signe de la plus haute sagesse. Comment Platon a t-il pu passer à côté d'une telle infamie ? Pour qui et à quoi œuvrait-il, le philosophe désintéressé, l'expert géomètre ? A la perte de la philosophie ? Au retour de la tyrannie ? Il y a parfois des mystères en Grèce antique, plus que de raison.
L'Orient,
lui-même,
dans ses sagesses (mais
s'agit-il bien des
mêmes ?),
pourtant réputé arbitraire et barbare, ne
s'est jamais payé le luxe philosophique
de trahir aussi honteusement une vérité vraie au
niveau des canons de
ses élites
supposées ou
auto-proclamées. Jamais,
sans aucun doute,
elles
n'auront
pu aller jusque-là dans leur trop-humanité. A
croire que le système occidental est d'abord
une corruption du et des meilleurs. On ne peut s'empêcher ici de
penser, au hasard, au Christ… Et
aussi à certaines remarques d'un Guénon au meilleur de sa lucidité.
Une
vérité qui n'est pas bonne à dire, est, ici, depuis l'imposture
platonique, même si, par
ailleurs Platon regorge évidemment
de sagesse première
de première main, un crime contre L'État-Nous-Mêmes,
d'abord ressenti et vécu, compris
par un grand corps social-fonctionnaire
malade comme une intolérable
menace sanitaire et sociale,
impensable et irrationnelle.
Quant à l'autorité morale et son introuvable définition de nos jours autoritairement dés-autorisés, ne cherchez plus : la vérité en tant que telle suffira, comme elle l'a toujours fait d'ailleurs, de tout temps et sous tous les climats ! Merci pour elle ! Il est, dans le ciel descendu au placard, des fantômes, non des cadavres en bougeotte, dont il est difficile de se débarrasser, avec leur signes de la main derrière le rideau éclaircissant de l'impitoyable critique laschienne.
Quant à l'autorité morale et son introuvable définition de nos jours autoritairement dés-autorisés, ne cherchez plus : la vérité en tant que telle suffira, comme elle l'a toujours fait d'ailleurs, de tout temps et sous tous les climats ! Merci pour elle ! Il est, dans le ciel descendu au placard, des fantômes, non des cadavres en bougeotte, dont il est difficile de se débarrasser, avec leur signes de la main derrière le rideau éclaircissant de l'impitoyable critique laschienne.

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