"L'art commence où la pensée s'arrête." Albert Camus
Le bricolage comme on dit, activité traditionnelle s'il en est (encore) – non dans ou de l'essentielle matière elle-même, pourtant toujours plus moderne et industrielle – mais dans son esprit, subtil et ductile à la fois, expression aussi bien d'une harmonie quelque peu inconsciente que d'un combat relativement volontariste au niveau existentiel du rapport brut (ce frottement mystérieux, miraculeux ou cruel, d'où l'étincelle de perfection relative finit par jaillir avec le temps passé, autant qu'avec l'attention parfois soutenue jusque dans l'invisible ou l'imprévisible réaction du monde).
Le
bricolage, art rituel ou rituel artistique originel enracinant
une certaine forme de technique dans une sorte plus ou moins libre –
on ne sait jamais pour combien de temps (encore) d'ailleurs, tout
en sachant très bien que c'est, évidemment, pour toujours,
comme l'amour – de métier généraliste
dont le moindre génie n'est pas l'universalité de certaines
trouvailles et
inventions au sens de truc
qui, de tout temps, semble-t-il, mais encore plus que jamais
aujourd'hui qu'hier, dépasse
parfois, et de très loin,
dans certains de ses aspects, l'intelligence standard
des ingénieries
industrielles
à la mode.
Parce
que là comme nulle part ailleurs, on pense, on pensait
en fait jusqu'il
y encore si peu, avec les mains,
pour reprendre la
remarque oubliée de Denis de Rougement à propos du mot :
« mani-fester ». Forme
dans la forme, formée formante… celle
qui nous serre et enserre comme une proie consentante, offerte,
fertile.
Cette
fête évidente de mains nues et dansantes, sensitives et sensuelles,
mesurées et
pensantes d'homo faber, pacifiques paysannes, artisanales, monastiques ou
héroïques guerrières, au
contact des formes visibles
ou cachées du monde; formes les
plus diverses et familières aussi, puisqu'un minimum
d'apprivoisement ou de respect de leurs surface et profondeur, de
leur teneur et
fil, de leur sens naturel ou fabriqué, bref de leur
mystère matériel ordinaire, reste
la
base et la raison
principale
du
travail de faire avec, pour et par ; cette
fête, sans doute l'un des actes les plus anciens de l'humain,
partagé avec beaucoup plus d'espèces animales qu'il n'y paraît, et qu'on veut bien se
l'avouer.
Pour
certain humains, de proches ascendants,
puisque tant descendent de paysans-artisans, dévalorisés et ségrégués
aujourd'hui dans un silence assourdissant et criminel, cette activité
sacrée du "faire" était
l'une des plus belles et des plus avouées vraies, où la fabrication demeurait modeste avec le mystère matériel.
Mais depuis qu'il n'y a plus d'honneur -- ce genre de sacré ordinaire et extraordinaire n'est plus à l'honneur de ceux qui ont le courage de le vivre encore consciemment dans la plus haute solitude de leur nettoyage ethnique mondial par le vide – ni de personne d'ailleurs, à part peut-être une poignée de rêveurs, fidèles ou naïfs dont les plus survivants inventeront absolument un futur meilleur de par leurs simples liens secrets résistants en terme de vraie vie avec ce passé pour l'heure négationné.
Mais depuis qu'il n'y a plus d'honneur -- ce genre de sacré ordinaire et extraordinaire n'est plus à l'honneur de ceux qui ont le courage de le vivre encore consciemment dans la plus haute solitude de leur nettoyage ethnique mondial par le vide – ni de personne d'ailleurs, à part peut-être une poignée de rêveurs, fidèles ou naïfs dont les plus survivants inventeront absolument un futur meilleur de par leurs simples liens secrets résistants en terme de vraie vie avec ce passé pour l'heure négationné.
Qu'est-ce
que l'art, grand ou
petit, d'une technique
sinon la vie et l'expression autonome
en soi de quelque chose de
plus grand
que lui (ce
qui fait qu'on parle à tort
« d'autonomie »)
dans l'indéfini infini
matériel organique du monde,
petit ou grand ; le plus loin possible de toute indétermination
théorique comme de tout
particularisme personnifié ou collectif fixiste,
mais demeurant
au plus près d'une relation faite autant d'instinct faiseur
que de religiosité soutenue dans
la rationalité de sa pratique ?
Il
est des activités, actes et actions – il
faut avoir le courage « moderne » de l'affirmer
tranquillement, légèrement (au sens nietzschéen) – qui
n'ont jamais été rien de plus que des manières de
prières primitives ou
primaires, unitives, taoïstes si on veut : sans
mot ni idée ni forme ni rien de
spécifique (comme
peut l'être, par exemple une nature féminine socio-fabriquée)
au cœur du Tout Naturel,
du processus, de la chose, de l'instant ou du lieu, de l’événement non domestiqués . Rituel
spontané du respect de contact et d'attention qui fait la
source, provoque l'émergence,
crée l'énergie
ou découvre
et donne le sens d'un ordre.
Mille fois sur le métier… il faut faire l'amour de la vie.
Qu'est-il l'art,
grand ou petit, quotidien, sinon une sorte de geste
spirituelle d'une matière en voie d’anoblissement
permanent, tellement exaltée
dans ou en un sens, qu'elle menace, dans ses excès passionnels raisonnés ou pas,
de perfectionnite
aiguë du geste créateur-reproducteur
dès qu'elle oublie la coopération matérielle du monde jusque ou à partir de ses
principes supérieurs ouverts
et consentants -- pour ne pas dire plus ?
Tout art vrai est hors du temps immatériel de la pensée pure, comme toute matière première l'est irrémédiablement comme un peuple hors du temps fini, consommateur, de la fabrication pure qui suit sa capture, sa captation, sa domestication formelle et stylistique, son humanisation absolue, sa destruction utilitariste : une forme première familière absolument doit conserver une liberté naturelle minimum pour survivre en captivité relative de coopération fertile. Une forme est aussi un être vivant de son être-là relié, présence, signe-partage-relais, génération et régénération face à la chute qui la guette hors des clous de sa croix existentielle propre.
Tout art vrai est hors du temps immatériel de la pensée pure, comme toute matière première l'est irrémédiablement comme un peuple hors du temps fini, consommateur, de la fabrication pure qui suit sa capture, sa captation, sa domestication formelle et stylistique, son humanisation absolue, sa destruction utilitariste : une forme première familière absolument doit conserver une liberté naturelle minimum pour survivre en captivité relative de coopération fertile. Une forme est aussi un être vivant de son être-là relié, présence, signe-partage-relais, génération et régénération face à la chute qui la guette hors des clous de sa croix existentielle propre.
Ce
qui fait poétiquement
qu'une perfection brute, naturelle, ou dionysiaque si on veut, même dissimulée sous la
rectification pseudo-
rationnelle d'une vue
apollinienne "purifiée",
demeura toujours infiniment supérieure à sa sur-humanisation
esthétisée en forme morale utilitaire-- ligne politique
dont l'épuration du défaut naturel tue la vie coulant dans ses
veines, comme le purisme
apeuré des sur-orthographiés professionnels tue l'invention verbale
d'un
peuple créateur heureux.
L'industriel
n'est
dans ce sens qu'un
pur massacre de cette ligne de vie de la main en
fête du faire dans l'être ou de l'être dans le faire
– oiseau d'énergie – unique,
de l'universel -- dansante
comme un rituel nature
chinois millimétré jusque
dans son vécu symbolique
brut (la parfaite coïncidence du Tao de la nature); cette ligne
alors et dès lors dans
l'industriel, conformée
comme pâle
imitation de soi-même
et non plus confrontée
héroïquement, dans l'art martial d'une main libre armée de l'outil ami dansant,
à la violence pure et
l'esclavage d'une matière soumise aux basses lois d'une mécanique
désincarnée et menottée,
trop humaine dans la
caricature même
de sa
hauteur limitée – pseudo-grandeur
que la machine, machine à fuir
le temps, aurait voulu rehausser "indéfiniment", à défaut de pouvoir
le faire sans fin – sans cette libre énergie d'un art propre,
complet, débordant, gratuit comme la grâce d'un enfant sans âge,
parfait au monde,
aristocrate d'une nature sans cour, mais auto-mesurée.
Jamais
né, un vieillard lointain approche la mort réputée impensable au sens moral, se réveillant
du songe de la sagesse humaine pensée unique, ses mains
ne pouvant plus faire, depuis le début autre chose que du simple, de l'animal, du
naturel, du fidèle et du lié, de l'enfance de l'art de vivre.
Qui
n'a jamais désossé
un animal, une plante, une forme de vie animée ou minérale,
voire une une pauvre machine comme dans le film "A.I.", ne comprendra jamais cette si étrange
vérité. Comme la vie, la plus essentielle partie de la matière
nous échappe d'une façon ou d'une autre, un jour ou l'autre –
pour reprendre sa liberté
de nature, de sa vraie nature, comme dit zen ou Tao. Toute
maîtrise est illusion :
il n'y a qu'entente provisoire,
de circonstance, et c'est ce qui fait la beauté de la chose humaine
et naturelle : liberté accordée au sens strict seulement
à une intersection
pointilliste et
pointilleuse de l'infini, de
libres mouvements
respectifs de chacun – orchestrés mystérieusement dans le respect de l'éternité dirigeant leur devenir
apparent, qui n'est que leur propre mouvement vital tracé.
Il
n'y a jamais eu de maîtrise, il n'y a que méprise. Tout est
partage, volontaire ou
pas, puisque tout est partiel dans
la séparation d'une volonté déterminée à ou par l'illusion d'autonomie totale, peu importe.
Pauvre Descartes.
Dans
ce sens-là tout est discontinu, relatif, pesé, équilibré,
équitable, parfait dans son imperfection
même – fleur de printemps dont la fragilité est une force
inouïe, pure,
tellement que la danse muette
de l'insignifiance quasi-absolue de sa chute
a la couleur d'un pur et
impondérable grain de
transcendance, poussière d'or déposée comme un sable nacré
par le temps et le
fond d'une pure rivière de
lumière cosmique, comme une minéralité
intérieure.
Cette
sciure subtile
de l'Être du Grand Bricolage, sera – quoi qu'on en dise – toujours très bien
comme elle est dans sa grâce sans puissance. Infiniment
mieux que si c'était autrement : s'il existe d'autres mondes, –
qu'il y restent et tiennent bon ! – pour demeurer
eux-mêmes différents,
à l'image de
celui-ci, que nous aimions tant,
avec ses
mains parfaitement
humaines, animales, végétales ou
sidérales.
La
main humaine ou divine, excroissance de la matière, poussée spirituelle de
l'être dans sa forme
– de la Chapelle Sixtine à E.T.,
et pourtant, elle n'a, en fait, nul besoin ni d'industrie du
cinéma ni de celle d'une religion impériale : son mystère
émane d'infinies façons
de prier et honorer les
choses du monde et de la vie avec son corps dans son âme,
comme le bébé sort du
ventre du corps qu'elle commande, pour le sacrer,
dès que cesse le massacre d'une science sans
conscience, sans rime ni raison, sans foi ni loi, sans cœur ni
courage, tous faits (made of) d'une main humaine libre précédant, sans espoir de retour sur investissement, manufacturation
et facturation pures.
Parlant sa propre langue, celle des oiseaux, celle d'un éternel choc en retour (comme disent les sorciers gitans) inversé ou renversé, qu'importe le temps du voyage ?
Parlant sa propre langue, celle des oiseaux, celle d'un éternel choc en retour (comme disent les sorciers gitans) inversé ou renversé, qu'importe le temps du voyage ?

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