jeudi 28 juillet 2016

FRAGMENTS # 7 MYSTÉRIEUX HEXAGONE (RÉPONSE À R.)









Formes hexagonales que l'on retrouve quelque part dans certains motifs sacrés ou décoratifs orientaux ou moyen-orientaux au niveaux des dallages, de céramiques ou de décorations de poteries etc… permettant une imbrication parfaite et infinie à la fois, dans leur répétition et juxtapositions. Je me suis toujours demandé comment et pourquoi ces formes avaient été inventées et peut-être en donnes-tu une explication possible, passant par l'observation d'une ruche ? Par ailleurs d'autres animaux construisent des « alvéoles de vie » géométriques me semble t-il. À ce niveau de la réflexion, je ne peux m'empêcher de relier certaines formes traditionnelles artisanales à certains travaux animaux, comme par exemple le tressage d'un panier et la structure d'un nid d'oiseau. Je suis en effet particulièrement intéressé par une sorte d'art ou d'ingénierie communs à l'humain et à l'animal, sans doute à la suite des réflexions d'un Kropotkine dans son livre sur l'Entraide. Nous nions trop les liens techniques et culturels animaux-hommes, ce qui n'est ni scientifique ni honnête ni respectueux de la réalité dont nous parlons tant.

Pour ce qui est de Darwin, en extrapolant, on peut imaginer intuitivement que ce qu'il a dégagé pour la biologie doit quelque part pouvoir être validé pour ce qu'on peut globalement nommer une certaine spiritualité, ce qui aurait le mérite très important d'amener des questionnements essentiels sur le chamanisme dans son ensemble, par exemple, puisque ces « liens et extensions » naturels d'un rayonnement source que tu évoques (…) et qui à tellement de niveaux semblent tellement évidents, se sont sans doute diffusés à tous les règnes – donc sans oublier le minéral ou n'importe quel élément (mémoire de l'eau…).

Nous serions, à travers la planète elle-même et la matière apparente et subtile dont elle est constituée et qui nous constitue, comme l'expression vivante ou stabilisée, enregistrée et « transmutée », effectivement, de ce rayonnement dont tu parles avec une justesse qui me semble difficilement contournable. Je suis d'accord aussi pour lui trouver un certain sens d'affinage (plus que de purification, qui suppose un déchet dont je ne vois rien de tel dans la nature) et de liberté vertueuse (au sens d'orientée dans le sens de ses propre fins primaires et secondaires). D'accord encore sur la puissance créatrice de la source de ce rayonnement vital cosmique infiniment prolongé jusqu'à des maturités qui nous dépassent tout aussi infiniment. Et qui serait aussi à la source immobile d'un temps continu au milieu de toutes les discontinuités du devenir.

Il faudrait donc infiniment plus décloisonner encore (règnes, classements, subdivisions…) le vivant et le spirituel que nous ne l'avons fait depuis Darwin pour pouvoir approcher des vérités que nous ne pouvons qu'imaginer intuitivement sans avoir les outils pratiques et intellectuels pour les percevoir et les vérifier, et aussi, pour rejoindre ce que tu dis, pour les fortifier contre ce qui cherche à les anéantir de la façon la plus aveugle qui soit ; enfin, oui, construire ou plutôt découvrir une morale interne à leur véritable hauteur de vie, qui elle-même, tout logiquement, guiderait aussi une science nouvelle dans un sens convergent, unitif et finalement créateur retrouvé, sans retrancher rien aux merveilles de connaissance que le passé de ce rayonnement nous a déjà transmis, on peut le dire, je crois, de façon héroïque sur un certain plan humain englobant aussi bien le Christ que Galilée ou l'art rupestre que l'informatique.

Je demeure très sensible à l’Évolution cependant et l'angoisse humaine qui ne peut que lui être liée, avec la perte du paradis naturel et d'une certaine innocence animale, et il semble que le bien, défini comme plus haut, effectivement ne peut – dans tous les cas n'en être que la première et dernière justification du monde ou du cosmos, même si je n'adhère aucunement aux théories de réincarnation par exemple, qui introduisent pour le moins des boucles et des hasards non-liés, selon moi, avec l'esprit d'ensemble, et qui supposent des psychismes autonomisés d'une façon absurde alors que le sens est de toute évidence dans et par les liens naturels. Donc dans et par le sens surtout de cette évolution, jusque dans ses détails.

Au niveau naturel ou cosmique, en sens inverse des transformations du devenir, je ne vois rien qui, au niveau de l'être, donc de leur loi, doive se répéter en forme de perfectionnement : le chemin ne rejette rien de ce qui est ou a été ou sera, il le (re)met à sa place, dans l'ordre même de sa progression, sans négliger une seule mémoire ou parcelle de vécu comme « être » moteur. C'est une spirale ascendante, non un cercle, comme on croyait la terre plate. Et toute chute ne fait que sanctionner une erreur de départ, si infinitésimale ou subtile soit-elle. Je ne crois pas aux erreurs d'arrivée, je crois à la responsabilité sociale d'une illusion transmise ou instituée à tort, hors de la réalité de ce qui dépasse notre ambition humaine et qui même, à vrai dire ne semble pas même la nécessiter. Pourquoi la nature ou la nôtre serait-elle mal faite ? Serait-elle trop morale ou trop tragique à porter ? L'aristocratique Nietzsche a bien parlé là dessus.

C'est pourquoi je suis aussi intraitable sur la vraie nature de cette ÉVOLUTION : non seulement la misère, la peine et le sang versé et toutes les destructions (…) interdisent, dans un sens, absolument tout retour en arrière sur l'objectif humain, ou le vécu consommé dans ce sens, invoqué pour les justifier, mais l'équilibre psychique et spirituel du monde dans la plénitude de sa réalité semble en jeu, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de chaque parcelle ou unité de vie, que dans son invisible ensemble. Et je n'ai nulle intention de jouer avec ça, ni pour moi humain pensant ni pour les autres, ni pour la nature qui nous fait jusqu'à la fin dans un sens relatif.

Il semble nécessaire, comme tu le suggères, que quelque part, cette évolution exprime et exige une morale unifiée par delà les variations différentielles de la Création (je pense à une fugue de Bach) et que cette morale nouvelle doive être pratiquement (ré)unifiée à travers une nouvelle alliance entre science et spiritualité, laissant les outils archaïques des anciennes approches être « transformés », intrinsèquement et respectivement intacts en tant que pièces d'origines du puzzle, quand à leurs vérités premières, en formes plus évoluées, mais demeurées fidèles à leur sens impulsé dans l'énergie de leur instinct créateur, évoluant vers une intelligence plus approfondie en science et conscience réunies, même si cette sorte de Révélation ne semble plus pouvoir se faire que dans le plus grand chaos et la plus grande souffrance, inévitables prix à payer, malheureusement.

Peut-être d'ailleurs est-ce là l'une des preuves absolues que nous ne pouvons jamais ni nulle part nier quelque parcelle que ce soit du monde ou du cosmos, le chaos induit n'étant qu'un retour automatique de manivelle obligeant à une rectification de la dérive de la navette intellectuelle ou sensible. Ce qui veut dire que la coopération ne peut jamais être que totale ou en tout cas la plus rapprochée possible avec le monde, l'autre, humain, animal, minéral ou sidéral, donc en fait avec la source, rationalisée ou transcendée.

Je ne crois plus que quelque désordre que ce soit puisse demeurer maintenant acceptable dans la tête d'un enfant : il faut tout refaire, comme quand une pièce de bois est complètement ratée. Stratégique et immobile est la chose ou la loi indéfinissable et pourtant si douloureusement réelle et pratique, à partir de laquelle opérer, œuvrer, travailler, faire, vivre, parler et mourir. La liberté n'est effectivement pas une déviation ni une perversion, UN ARBITRAIRE, c'est une destination, but conforme au principe qui nous fait vivre et être. Mais elle n'est pas, ne peut jamais être plus que le jeu naturel d'une pièce à sa place, que la barbarie universelle est en voie de fausser dans un délire libéré de sa loge. Il y a là la leçon d'une mesure absolue et relative à la fois, croisée aux intersections des dimensions, au cœur de nos valeurs universelles données non par la logique, mais par la nature, une nature libre, elle aussi de son jeu, elle qui ne joue pas tout en se jouant de tout.

Peut-être la paix véritable n'est-elle qu'au bout de la leçon de guerre la plus cruelle et sacrificielle : l'ordre peut-il souffrir, comme en mathématiques, la moindre erreur, pour demeurer relativement possible ? Vu dans ce sens, l'attente et l'entente du possible semblent bien ne dépendre, au départ comme à l'arrivée, que de ce qui demeure et est absolument. C'est une balance de forces. Un respect. Un ordre sans pouvoir ni désir extérieurs, qui est aussi et encore, selon le mot de Giono, « grandeur libre », comme l'est celle de n'importe quel astre humain, animal, minéral ou sidéral, ce qui ramène un peu, concrètement à la lumière des anges de nature et d'esprit tels qu'une poésie de l'être, du faire et d'une science véritables pourrait défendre sans violence d'aucune sorte, vérité incarnée rêvéey compris technique ou technicienne.






lundi 25 juillet 2016

LA VÉRITÉ # 32 DANS LA CAVERNE











« (…) la vérité a des droits dont il faut tenir compte. Si nous avons eu raison de dire que le mensonge inutile aux dieux est quelquefois pour les hommes un remède utile, il est évident que c'est aux médecins à l'employer, et non pas à tout le monde indifféremment (…)
C'est donc aux magistrats qu'il appartient exclusivement de mentir pour tromper l'ennemi ou les citoyens, quand l'intérêt de l’État l'exige. Le mensonge ne doit jamais être permis à d'autres (…) tout citoyen s'il est convaincu de mensonge, sera sévèrement puni comme tendant par sa conduite à renverser et perdre le vaisseau de l’État. » PLATON, LA RÉPUBLIQUE

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« Ni dans les hiérarchies du travail et du pouvoir, ni dans la famille, le déclin de l'autorité ne provoque la destruction des contraintes sociales ; il ne fait que priver celles-ci de toute base rationnelle.

(…) lorsque les parents n'administrent pas une punition équitable, l'estime que l'enfant porte s'en trouve diminuée plutôt que renforcée ; de même, la corruption des pouvoirs publics – leur acceptation de fautes mineures – rappelle son assujettissement à l'individu subalterne, en lui faisant sentir qu'il dépend de l'indulgence de ses supérieurs.(…)

La société ne s'attend plus à ce que les autorités formulent un code des lois et de la moralité clairement raisonné (…) Elle demande seulement qu'on se conforme aux conventions de la vie quotidienne, sanctionnées par les définitions de la conduite normale qu'en donnent les psychiatres. » CHRISTOPHER LASCH, LA CULTURE DU NARCISSISME


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Toute autorité vraie est morale, qu'on le veuille ou non, elle n'est ni sociale, ni religieuse, ni politique, ni économique ni philosophique ni scientifique ni métaphysique. Mais qu'est-ce qu'une autorité morale ? Un principe ? Une pratique sociale ? Une idée ? Une institution ? Une nécessité pure ? Une logique  pure ? Une autorité en soi, hors sol ? Un intérêt général particulier ? Une famille intellectuelle ? Une culture, une civilisation ? Une superstition ? Une volonté commune ? Un inconscient collectif ? Une aliénation ? Un système technicien ?

Ou d'abord une vérité que le respect simple, mais courageux maintient vivante et humaine, à la hauteur nécessaire à sa préservation, orientée vers sa perfection relative, réfléchie jusque dans son instinctuel le plus brut, maintenue dans cet équilibre spirituel qui donne à la vie matérielle une valeur supérieure à partir d'un rehaussement intrinsèque de ses besoins de base, sans jugement orienté a priori, pour la légitime satisfaction de son sens ascendant naturel, celle de ses besoins dans leurs convergences verticales, sans les trahir par un négationnisme horizontal médico- industriel (…)  ?

Ce qui répond à ce respect sans prix est donc une confiance sans prix non plus, hors marché et des dialectiques infernales de son système psycho-logicien. De cette confiance en soi aussi, jaillit toute raison, non d’État, mais de ce qui est, de l'être, mais transcendante émersonienne ou nietzschéenne, peu importe la nature de l'esprit qui la reconnaît, naturelle et sociale, culture première et secondaire sans rupture de continuité, historique ou métaphysique.

Nourriture naturelle pour un corps social addict à une chimie industrielle avancée et dont les défenses ont été neutralisées – pour son bien-être psychologique ou son équilibre mental de remplacement – une idée non pas tant nouvelle que saine apparaît pour cet organisme dépendant comme une intolérable agression, comme un lâchage voire une lâcheté anti-progressiste. La plus cruelle ironie du sort n'étant pas la nécessité absolue, pour un monde corrompu en profondeur, de progresser, « d'avancer » sans cesse, sans plus de rime ni de raison, dans une sorte de cercle vicieux, d'illusion, vers la hauteur imaginaire de sa prétendue progression assurée vers le meilleur ou le mieux ? Élysée Reclus, l'immortel poète-géographe de la « La vie d'un ruisseau », ironisa justement sur ce qu'il nommait parfaitement : « évolution régressive ».

« Progresser » donc, slogan ou incantation pour aller vers une sorte d'amélioration de sa corruption, un monde à la virginité refaite toutes peaux dehors tirées – dans une sorte de révolution permanente ? Sorte de brassage des valeurs dont la teneur vient plus du subtil degré d'alcool illusoirement distillé que de sa teneur en vertu médicinale vendue, mais sans demande ni besoin réels, donc sans nécessité interne « anti-dépressive autorisée ». La question est celle de la vieille sagesse grecque de la mesure et l'argumentaire de masse du charlatan miraculeux.

Mesure, non pas celle l'eau tiède de la soumission, mais celle, non instrumentalisée en tempérance d'obéissance standard, d'une liberté mesurée, au double sens, dans ses autonomies de grandeur, de vérité et de limites. Quelle est cette autorité soignante psycho-éthique des seuls effets de ses défaillances, sinon pure et simple haute trahison, au nom de la vérité officielle du moment ? Le but et la fonction de la vérité serait donc le soin psycho-social ? Pseudo religion pour un 3ème millénaire post-humaniste ?

Elle ne serait plus le poids moral de celui qui porte une responsabilité ou volonté d'action, que ce soit à la base ou au sommet – où l'altitude exige que les meilleurs demeurent soumis aux rigueurs abyssales du renoncement aux « tentations », d'une justice absolument humaine et vraie, et non aux ivresses éculées et acculées des sommets du commandement ? Mêmes ivresses réservées, trop humaines par ailleurs que le monopole impérial décadent incite à interdire cruellement au peuple d'en bas au nom d'une vertu platonicienne ? Hélas, la bassesse ne peut provenir d'en bas : elle n'est jamais qu'une trahison du haut par le haut. L'humanité n'est pas un principe, elle est la source, la matrice, l'esprit, le reste, réglementaire ou pas, n'est que mensonge, comme l'a vu Camus. Tête pourrissante d'un poisson d'avril, puisque certains principes corrompus ne sont plus que des farces sans l'humanité historique et non-historique qui les fait vivre et être.

Retour à l'idée pointée plus haut. Cet idéalisme-là est plus que de façade : l'équilibre mental est d'abord, chez lui, logique, rationnel ou plutôt cohérent, même si ce n'est qu'au non-sens du tautologique. La progression idéale se fera, hélas, donc vers une corruption supérieure au nom des bons principes ou plutôt des bons sentiments – puisqu'un principe n'est bon en fait que vérifié dans ce qui est « ici et maintenant » comme répètent les bons apôtres d'un « changement » travesti en science politico-médicale, ce qui est plus simili-démocratiquement adossé à la peur de s'écarter de la norme de survie et de jouissance autorisée.

Le mensonge (autori)intériorisé peut être une force psychologique déterminante, comme tous les fanatismes le montrent, hélas, le noyau dur de toute normalisation. Ce sont d'ailleurs plus que des fanatismes, ce sont des pathologies religieuses, comme les analyses en profondeur l'ont toujours montré discrètement, après Hitler. Parce que, comme l'a dit William Blake il y a bien longtemps déjà : « pour qu'une vérité existe, il faut commencer par y croire », on voit qu'à ce niveau-là la différence entre vérité et mensonge ne joue plus, sous certaines conditions.

Ces conditions sont évidemment celles de la propagande – même si tout n'est évidemment pas propagande : la bonne intention ne pouvant en être qu'un vecteur instrumentalisé au plus, pas une source négative comme le prétend, dans son terrorisme intellectuel, tout organisme aux abois de l'inéluctable (retour de bâton des responsabilités directes et indirectes). Mais qu'est-ce que la propagande sinon un réponse précise et corrompue au besoin profond de croire et vérifier ?

Si on suit Platon dans sa République, l’État est la source de toute, le garant de et le seul autorisé à concevoir et dire la vérité. Vérité officielle comme à l’Église, à laquelle le droit ne peut qu'être inévitablement lié, pour ne pas dire logiquement et idéologiquement enchaîné. Le mot « autorisé », ici, tourne autour de lui-même comme la plus autocratique tautologie, loin de toute démocratie en tant que vérité des gens et plus encore de leur dite volonté ou de leur naturel et simple agrément.

Cette curieuse « république philosophique » n'a de chose publique que sa terreur intellectuelle, son autorité, son ordre, son application, si on veut, sa logique.

Plus que tout, au plus ou au mieux, elle suppose et ne peut se justifier que par un minimum d'intégrité et d'innocence active, "innocence" que le calcul philosophique ou la dialectique analytique la plus supérieure ne peut "produire" -- pureté d'âme venant de cet être tant chéri par Platon, mais qui ne se construit pas dans la tête, même d'un génie ou dans le laborieux mérite d'un ascète-citoyen. Innocence, mot qui fait rire les réalistes non-dostoïevskiens qui n'ont jamais vu ni le bien ni le mal en tête-à-tête et qui se contentent de les penser fonctionnellement pour les autres dans la seule leur.

Innocence que les divers raisonnements de Platon mettent surtout à mal dans sa possibilité même d'existence – peut-être pour pouvoir, au final, justifier la dictature logique de son excellence et de sa perfection formelle, si loin de l'inaccessible "être" si formellement glorifié. Machiavel couvait déjà, ne restait plus qu'à fabriquer sa crédulité politique, non sa crédibilité. 

Il n'y a pas de dualité en "être et naître", il n'y a qu'une différence relative, côté "naître", qui fait que croire et croître sont mystérieusement liés, comme le sont peuple et génie dans le génie d'un peuple. Mais qui fait aussi le doute et la séparation, l'exclusion (scientifique grecque) -- ce mot tellement à la mode -- à la source du guerrier occidental comme de la guerre universelle.

Le peuple ici, sa différence, son altérité terrestre, sa culture, sa cosmologie et sa sagesse sont niés radicalement à priori : une élite de fer, sélectionnée selon les seuls critères essentialistes étatiques, systémiquement auto-contrôlée de la naissance à la mort comme toute vie privée, indique et trace, seule comme Robespierre le maudit, le chemin obligé du bonheur du peuple relativement au maintien impérial de la santé d'abord et exclusivement étatique

Santé sur laquelle les magistrats ont haute main chirurgicale, que l'intérêt étatique exclusif alourdit éventuellement, mais nécessairement dès qu'une vérité cesse de s'identifier à son seul intérêt proprement autistique. Dans ces conditions, parler d'indépendance de la « justice » n'apparaît ni sérieux ni même envisageable. Il y a déraillement et corruption intellectuels et moraux dès le départ : le politique n'est ni réparable ni même réel au sens de "réaliste", comme le voient trop bien les manipulateurs libéraux de tous poils. Ce que Simone Weil, cette pourtant platonicienne, a très bien montré.

Confucius l'a suggéré : il y a corruption dès que l'irrespect envers les parents -- de la parentalité du peuple dont on vient, et non seulement à partir de l'apparence même d'un paternalisme inverseur -- est ouvert. Les vannes de cette inversion sont la source de toute corruption et de l'irrespect, la première négation de "l'être". Cet être parfois si simple et élémentaire, dont l'approche commence avec ce que Simone nommait l'attention.

Ici, dans l'utopie platonicienne pré-communiste, l'État n'est pas ou plus pour le peuple, au contraire : le peuple n'est que pour l'État, ne vit que pour lui, par lui, par stricte procuration, perfusion, d'où sans doute la si subtile formule ânonnée : « L'État, c'est nous ». Si les vérités étaient confondues, les intérêts pourraient sans doute l'être un peu mesurément, autant dans la logique que dans la réalité, mais on voit que c'est loin d'être le cas déclaré. Quel peut donc être le sens d'un État qui n'a ni le sens des gens ni celui de leur vérité ? N'y a t-il pas plus absurde construction, plus folle spéculation, plus démente institution ? Si la psychiatrie menace, commençons par celui-là !

Une vérité non conforme à l'intérêt de cette République « platonique », donc coupable de haute trahison, malade de corruption citoyenne aiguë : on voit comment et pourquoi Socrate fut immolé à de semblables principes, côté irrationnel des choses, et comment, pourquoi enfin et surtout l'autre, au pouvoir, le côté rationnel, dans la vertu même de son « fondement », est pire, plus déraisonnable encore en son « institution » que le primaire lui-même – comme le vit Camus, encore lui ! 

 Puisqu'il prétend à une vérité universelle, scientifique, en singeant la divine violence mystico-infantile régressive du sadisme, et surtout en instituant son monopole comme signe de la plus haute sagesse. Comment Platon a t-il pu passer à côté d'une telle infamie ? Pour qui et à quoi œuvrait-il, le philosophe désintéressé, l'expert géomètre ? A la perte de la philosophie ? Au retour de la tyrannie ? Il y a parfois des mystères en Grèce antique, plus que de raison.

L'Orient, lui-même, dans ses sagesses (mais s'agit-il bien des mêmes ?), pourtant réputé arbitraire et barbare, ne s'est jamais payé le luxe philosophique de trahir aussi honteusement une vérité vraie au niveau des canons de ses élites supposées ou auto-proclamées. Jamais, sans aucun doute, elles n'auront pu aller jusque-là dans leur trop-humanité. A croire que le système occidental est d'abord une corruption du et des meilleurs. On ne peut s'empêcher ici de penser, au hasard, au Christ… Et aussi à certaines remarques d'un Guénon au meilleur de sa lucidité.

Une vérité qui n'est pas bonne à dire, est, ici, depuis l'imposture platonique, même si, par ailleurs Platon regorge évidemment de sagesse première de première main, un crime contre L'État-Nous-Mêmes, d'abord ressenti et vécu, compris par un grand corps social-fonctionnaire malade comme une intolérable menace sanitaire et sociale, impensable et irrationnelle.  

Quant à l'autorité morale et son introuvable définition de nos jours autoritairement dés-autorisés, ne cherchez plus : la vérité en tant que telle suffira, comme elle l'a toujours fait d'ailleurs, de tout temps et sous tous les climats ! Merci pour elle ! Il est, dans le ciel descendu au placard, des fantômes, non des cadavres en bougeotte, dont il est difficile de se débarrasser, avec leur signes de la main derrière le rideau éclaircissant de l'impitoyable critique laschienne. 




 

jeudi 21 juillet 2016

LA MAIN ORIGINELLE




"L'art commence où la pensée s'arrête." Albert Camus






Le bricolage comme on dit, activité traditionnelle s'il en est (encore) – non dans ou de l'essentielle matière elle-même, pourtant toujours plus moderne et industrielle – mais dans son esprit, subtil et ductile à la fois, expression aussi bien d'une harmonie quelque peu inconsciente que d'un combat relativement volontariste au niveau existentiel du rapport brut (ce frottement mystérieux, miraculeux ou cruel, d'où l'étincelle de perfection relative finit par jaillir avec le temps passé, autant qu'avec l'attention parfois soutenue jusque dans l'invisible ou l'imprévisible réaction du monde).

Le bricolage, art rituel ou rituel artistique originel enracinant une certaine forme de technique dans une sorte plus ou moins libre – on ne sait jamais pour combien de temps (encore) d'ailleurs, tout en sachant très bien que c'est, évidemment, pour toujours, comme l'amour – de métier généraliste dont le moindre génie n'est pas l'universalité de certaines trouvailles et inventions au sens de truc qui, de tout temps, semble-t-il, mais encore plus que jamais aujourd'hui qu'hier, dépasse parfois, et de très loin, dans certains de ses aspects, l'intelligence standard des ingénieries industrielles à la mode.

Parce que là comme nulle part ailleurs, on pense, on pensait en fait jusqu'il y encore si peu, avec les mains, pour reprendre la remarque oubliée de Denis de Rougement à propos du mot : « mani-fester ». Forme dans la forme, formée formante… celle qui nous serre et enserre comme une proie consentante, offerte, fertile.

Cette fête évidente de mains nues et dansantes, sensitives et sensuelles, mesurées et pensantes d'homo faber, pacifiques paysannes, artisanales, monastiques ou héroïques guerrières, au contact des formes visibles ou cachées du monde; formes les plus diverses et familières aussi, puisqu'un minimum d'apprivoisement ou de respect de leurs surface et profondeur, de leur teneur et fil, de leur sens naturel ou fabriqué, bref de leur mystère matériel ordinaire, reste la base et la raison principale du travail de faire avec, pour et par ; cette fête, sans doute l'un des actes les plus anciens de l'humain, partagé avec beaucoup plus d'espèces animales qu'il n'y paraît, et qu'on veut bien se l'avouer.

Pour certain humains, de proches ascendants, puisque tant descendent de paysans-artisans, dévalorisés et ségrégués aujourd'hui dans un silence assourdissant et criminel, cette activité sacrée du "faire" était l'une des plus belles et des plus avouées vraies, où la fabrication demeurait modeste avec le mystère matériel. 
Mais depuis qu'il n'y a plus d'honneur -- ce genre de sacré ordinaire et extraordinaire n'est plus à l'honneur de ceux qui ont le courage de le vivre encore consciemment dans la plus haute solitude de leur nettoyage ethnique mondial par le vide ni de personne d'ailleurs, à part peut-être une poignée de rêveurs, fidèles ou naïfs dont les plus survivants inventeront absolument un futur meilleur de par leurs simples liens secrets résistants en terme de vraie vie avec ce passé pour l'heure négationné.

Qu'est-ce que l'art, grand ou petit, d'une technique sinon la vie et l'expression autonome en soi de quelque chose de plus grand que lui (ce qui fait qu'on parle à tort « d'autonomie ») dans l'indéfini infini matériel organique du monde, petit ou grand ; le plus loin possible de toute indétermination théorique comme de tout particularisme personnifié ou collectif fixiste, mais demeurant au plus près d'une relation faite autant d'instinct faiseur que de religiosité soutenue dans la rationalité  de sa pratique ?

Il est des activités, actes et actions – il faut avoir le courage « moderne » de l'affirmer tranquillement, légèrement (au sens nietzschéen) – qui n'ont jamais été rien de plus que des manières de prières primitives ou primaires, unitives, taoïstes si on veut : sans mot ni idée ni forme ni rien de spécifique (comme peut l'être, par exemple une nature féminine socio-fabriquée) au cœur du Tout Naturel, du processus, de la chose, de l'instant ou du lieu, de l’événement non domestiqués . Rituel spontané du respect de contact et d'attention qui fait la source, provoque l'émergence, crée l'énergie ou découvre et donne le sens d'un ordre. Mille fois sur le métier… il faut faire l'amour de la vie.

Qu'est-il l'art, grand ou petit, quotidien, sinon une sorte de geste spirituelle d'une matière en voie d’anoblissement permanent, tellement exaltée dans ou en un sens, qu'elle menace, dans ses excès passionnels raisonnés ou pas, de perfectionnite aiguë du geste créateur-reproducteur dès qu'elle oublie la coopération matérielle du monde jusque ou à partir de ses principes supérieurs ouverts et consentants -- pour ne pas dire plus ? 
Tout art vrai est hors du temps immatériel de la pensée pure, comme toute matière première l'est irrémédiablement comme un peuple hors du temps fini, consommateur, de la fabrication pure qui suit sa capture, sa captation, sa domestication formelle et stylistique, son humanisation absolue, sa destruction utilitariste : une forme première familière absolument doit conserver une liberté naturelle minimum pour survivre en captivité relative de coopération fertile. Une forme est aussi un être vivant de son être-là relié, présence, signe-partage-relais, génération et régénération face à la chute qui la guette hors des clous de sa croix existentielle propre.

Ce qui fait poétiquement qu'une perfection brute, naturelle, ou dionysiaque si on veut, même dissimulée sous la rectification pseudo- rationnelle d'une vue apollinienne "purifiée", demeura toujours infiniment supérieure à sa sur-humanisation esthétisée en forme morale utilitaire-- ligne politique dont l'épuration du défaut naturel tue la vie coulant dans ses veines, comme le purisme apeuré des sur-orthographiés professionnels tue l'invention verbale d'un peuple créateur heureux.

L'industriel n'est dans ce sens qu'un pur massacre de cette ligne de vie de la main en fête du faire dans l'être ou de l'être dans le faire – oiseau d'énergie – unique, de l'universel -- dansante comme un rituel nature chinois millimétré jusque dans son vécu symbolique brut (la parfaite coïncidence du Tao de la nature); cette ligne alors et dès lors dans l'industriel, conformée comme pâle imitation de soi-même et non plus confrontée héroïquement, dans l'art martial d'une main libre armée de l'outil ami dansant, à la violence pure et l'esclavage d'une matière soumise aux basses lois d'une mécanique désincarnée et menottée, trop humaine dans la caricature même de sa hauteur limitée – pseudo-grandeur que la machine, machine à fuir le temps, aurait voulu rehausser "indéfiniment", à défaut de pouvoir le faire sans fin – sans cette libre énergie d'un art propre, complet, débordant, gratuit comme la grâce d'un enfant sans âge, parfait au monde, aristocrate d'une nature sans cour, mais auto-mesurée.

Jamais né, un vieillard lointain approche la mort réputée impensable au sens moral, se réveillant du songe de la sagesse humaine pensée unique, ses mains ne pouvant plus faire, depuis le début autre chose que du simple, de l'animal, du naturel, du fidèle et du lié, de l'enfance de l'art de vivre.

Qui n'a jamais désossé un animal, une plante, une forme de vie animée ou minérale, voire une une pauvre machine comme dans le film "A.I.", ne comprendra jamais cette si étrange vérité. Comme la vie, la plus essentielle partie de la matière nous échappe d'une façon ou d'une autre, un jour ou l'autre – pour reprendre sa liberté de nature, de sa vraie nature, comme dit zen ou Tao. Toute maîtrise est illusion : il n'y a qu'entente provisoire, de circonstance, et c'est ce qui fait la beauté de la chose humaine et naturelle : liberté accordée au sens strict seulement à une intersection pointilliste et pointilleuse de l'infini, de libres mouvements respectifs de chacun – orchestrés mystérieusement dans le respect de l'éternité dirigeant leur devenir apparent, qui n'est que leur propre mouvement vital tracé.

Il n'y a jamais eu de maîtrise, il n'y a que méprise. Tout est partage, volontaire ou pas, puisque tout est partiel dans la séparation d'une volonté déterminée à ou par l'illusion d'autonomie totale, peu importe. Pauvre Descartes.

Dans ce sens-là tout est discontinu, relatif, pesé, équilibré, équitable, parfait dans son imperfection même – fleur de printemps dont la fragilité est une force inouïe, pure, tellement que la danse muette de l'insignifiance quasi-absolue de sa chute a la couleur d'un pur et impondérable grain de transcendance, poussière d'or déposée comme un sable nacré par le temps et le fond d'une pure rivière de lumière cosmique, comme une minéralité intérieure.

Cette sciure subtile de l'Être du Grand Bricolage, sera – quoi qu'on en dise – toujours très bien comme elle est dans sa grâce sans puissance. Infiniment mieux que si c'était autrement : s'il existe d'autres mondes, – qu'il y restent et tiennent bon ! – pour demeurer eux-mêmes différents, à l'image de celui-ci, que nous aimions tant, avec ses mains parfaitement humaines, animales, végétales ou sidérales.

La main humaine ou divine, excroissance de la matière, poussée spirituelle de l'être dans sa forme – de la Chapelle Sixtine à E.T., et pourtant, elle n'a, en fait, nul besoin ni d'industrie du cinéma ni de celle d'une religion impériale : son mystère émane d'infinies façons de prier et honorer les choses du monde et de la vie avec son corps dans son âme, comme le bébé sort du ventre du corps qu'elle commande, pour le sacrer, dès que cesse le massacre d'une science sans conscience, sans rime ni raison, sans foi ni loi, sans cœur ni courage, tous faits (made of) d'une main humaine libre précédant, sans espoir de retour sur investissement, manufacturation et facturation pures. 

Parlant sa propre langue, celle des oiseaux, celle d'un éternel choc en retour (comme disent les sorciers gitans) inversé ou renversé, qu'importe le temps du voyage ?










mercredi 13 juillet 2016

KEROUAC JACK MEMORIAM # 2 EXILE ON MAIN STREET








Ne jamais avoir cru devoir un jour penser l'exil. Hélas déjà là, présent à la pensée, déjà si nécessaire face à l'irréelle réalité chaque jour un peu plus rampante vers le coin le plus fragilisé du cerveau – pour y faire son nid cancéreux, noyau froid et sec, subtil centre de commandement. Alien.

« C'était des temps déraisonnables », disait le poète à propos de ceux de la dernière guerre : la vérité, étrange vérité – comme la défaite que ces temps qui n'auront jamais pris fin, pour finir. Sournoisement incrustés quelque part dans un pli de mémoire, prospérant sur l'oubli imposé d'après-guerre, avec ses morales reconstructivistes de circonstance, de non-assistance. Comme un cancer se développe 20 ans après sa fabrication biologique, temps mûri, produisant à l'ombre de soi ses basses œuvres mentales et sentimentales au son intérieur nuit d'un bandonéon de tango en débandade. Dernier Tango à Paris. Temps venus, revenus, fantômes fous, furieux, désespérés, misères noires comme « l'ordre » avec son métro aérien ou le robot géant du film impressionniste allemand. Golem d'acier. King Kong accroché à l'aiguille financière.

Exil hugolien à venir, réel ou surréel, signe céleste, cloche de victoire sur la ligne de démarcation affûtée entre l'intérieur et l'extérieur du cadre tout en bas, tombé, ni défaite ni fuite en avant ou en arrière. Mais victoire sur le quant à soi sans moi. Renoncement libérateur, refus définitif de collaborer à la recomposition matérielle, contre-nature, à ses misérables leurres mécaniques (Shell Beach) ; ceux du grand oui camusien, enfin offrande parfaite, silencieuse comme la mère, muette de vie subtile, immense vide créateur, matriciel ouvert sur l'éternité minimale du devoir de conscience animale, tout tremblant de son insaisissable substance émergente, irradiante comme le sax du soleil.

Naissance ou renaissance de cette Légende des Siècles dont l'ordre à venir voudrait à tout prix nous délivrer et nous priver, nous amnésier. Ablation, l'image « animée » ne parle pas, elle est sans parole, sans ce silence originel des sphères et des glandes, des orbes et des cercles, des orbites et des espaces, des cycles et des révolutions.

Nous évoluerons donc, ne reviendrons pas, ne demeurerons pas, voyageant encore et encore, comme le grand Jack – hobo solitaire sur le train bondé de ses méditations, sans fin dans les consciences cosmiques des enfants et des bêtes, de la pierre, antique ou pas, et de l'eau, usée ou pas, nous coulerons nos jours ailleurs, étranges et inchangés en leur moyeu même. Dans les flux et reflux inflammables des cultures et des langues, des chants et des symboles, dans les monde parallèles enroulés de l’analogie et du lien, le chant magnétique des émotions chamaniques, dans les spiritualités mouvantes du vent et du sable stellaires.
Qu'importe ?

Dans le Blues christique d'un Bouddha karmique enclavé, crucifié, mais vivant, humain debout comme un signe zodiacal, sans pouce romain, paume au ciel nietzschéen pacifié du second Camus. Tendu rimbaldien ou bride au cou, arc en ciel sous-marin, ivre d'immobilité, translucide et patient. Patient comme le temps hindouiste d'après le temps avec ses cycles à six zéros. Nous renverserons l'envers et l'endroit, nous déverserons, traverserons tout, entiers et intouchés, arbre de la forêt primaire, abritant la méditation et l'éveil d'un Prince démocrate. Le vieil arbre aux oiseaux, avec ses feuilles d'herbe. Sur le retour de sève dans son Lotus avec ses notes coulées, urbaines comme les larmes de pierre du film magistralement adapté du roman dickien.
Puisque le jazz survivra.






lundi 11 juillet 2016

LA VÉRITÉ # 31 LA FLÈCHE BRISÉE






« Quand nous sommes blessés, nous allons à notre mère et nous efforçons d'étendre la blessure contre elle pour la guérir. Les animaux font de même, ils couchent leurs blessures sur la terre. Quand nous chassons, ce n'est pas l'arc ni la flèche qui tue l'élan. C'est la nature qui le tue. La flèche se plante dans son flanc et, comme tout être vivant, l'élan va à notre mère la terre pour être guéri. Il veut appliquer sa blessure contre la terre et fait ainsi pénétrer la flèche plus profondément. » Bedagi ou Big Thunder, vers 1900, de la nation des Wabanakis, tribu disparue vivant près de la rivière Kennebec

***



Cher R.,

D'accord avec « le consubstantiel et l'affectif » de la nature et non d'un environnement extérieur dont nous serions l'anthropocentre de pilotage naufragé. Nous sommes exactement dans la position que nous attribuons à une nature "imparfaite et limitée" : dans sa destruction, et ce faisant, nous ne faisons que projeter notre rage de finitude et d'impuissance.

Ce texte sur la finance oblige à une douloureuse lucidité : la corruption atteinte est sans commune mesure avec ce que nous prenions, leurrés, pour le mal absolu. Elle dépasse infiniment le fascisme en lourdeur pathologique, en profondeur de corruption et de destruction. Douloureux constat donc que de voir que les nazis eux-mêmes respectaient encore la nature et n'étaient pas allés aussi loin dans la négation ! Le modernisme, c'est à dire l'argent, nous leurre comme des enfants sur ses intentions cachées, y compris à lui-même.

Seule la perte de la nature est perte de sens et donc d'espoir, celle de Dieu ne semblant, dans ce sens, que celle de son expression sociale, temporelle. La religion finalement, cherchant aussi, trop souvent, une domination parfois plus primaire que la force brute d'une nature unie. Sans la nature, le spirituel fait office et effet de positivisme à l'envers, signe pathologique de la désunion humaine.






dimanche 3 juillet 2016

OCÉANOGRAPHIE # 4 MICROCOSMOS, L'ÉTRANGE CLAIRIÈRE








L'Histoire n'a pas le temps, pas de temps à perdre : « les temps sont venus », une mécanique événementielle infernale écrase tout ce qui bouge, preuve qui tue que ce qui change ne peut être que logique et contrôlé, administré, comme nos vies. Mais encore embarqué dans une action purifiée, celle d'un devenir absolu, monarchie de temps décervelés par l'action politisée déferlant sur des esprits naturellement affolés : ce qui change l'étant toujours au détriment d'un intérêt ou d'un pouvoir, jamais pour du mieux pour tout le monde – ce qui reste chose curieuse quand on réfléchit relativement aux bons principes fondateurs de nos mensonges institués. L'intérêt général serait celui d'égoïsmes sanctifiés, sanctionnés, sacrés ? 

 
D'un autre côté, pile si on veut, on est face à une Histoire portant et comportant, elle, seule autorisée désormais, le mythe d'un construit sacrificiel contre un « donné » à la scandaleuse gratuité naturelle à abattre. Dans une dimension idéologique religieuse de remplacement, donc politique-péguyienne, la Machine Sociale, en réalité économique, faisant office de pourvoyeuse de sens incarné, ou plutôt consommé, sommé, avec son feu divin volé, son imagerie « popularisée » d'illimité et de fausses libertés. Délinquance pure aurait estimé un connaisseur comme Baudelaire. Voilà là bien comme la dynamique interne de cette statique statistico- étatique. Suçant toute matière et toute énergie jusqu'à la moelle, jusqu'à l'os spirituel, avec tout ce temps-puzzle perdu enroulant et reliant deux forces fissurées de l'intérieur au creux de la double vague des cycles qui nous enracinent dans une éternité désormais occultée, interdite.

Raison pure, teutonne en diable, attendant l'inédite obscénité de son déjà vu. L'Histoire, temps matériel tyrannique et arbitraire s'il en est, chevillé et chenillé, enchaîné à son impériale nécessité, celle qui se rit de la réalité, contraint, systématique, fanatique. Ses philosophies auront été nos superstitions cachées, – au contenu latent plus nocif encore que celui des plus bestiales : le psychologisme comme ultime barbarie – de temps modernes, illusoires, progressistes, jaloux et désespérés. Comme la République du Désir de Sade, divin prophète pavé d'ombre révolutionnaire, le post-humain aura vainement tenté de théoriser l'arbitraire temporel en rationalisant le divorce d'avec le monde naturel des mythes porteurs. Comme nos arbres, ses murs et ses digues auront été décidément abattus les uns après les autres, avec des explications de vertu, laissant place à une étrange clairière de vide « mongolien ».

Mais pour ceux, Amis de la Résistance, pour qui l'Histoire n'est ni un dieu mangeur d'hommes à l'image de Chronos et de ses corbeaux, ni une théorie spiritiste du chaos – en un mot une fin en soi – , ceux-là ne sont nullement concernés par cette chrono-pathologie : demeure étrangement intact un temps non industriel s'écoulant encore à hauteur d'homme ou d'animal, espace sacré d'une infinité secrète, celui du Grand Sablier, cascade surréelle de l'être exprimant la pure beauté calligraphique de ses petites hydrologies tragico-paradisiaques, alternant pour le bonheur des survivants, oasis et vallées larmoyantes sur le long cours de son artisanal vécu « même pas passé », comme affirmait fortement Faulkner depuis son Deep South.