(À une professeure
d'Histoire de l'Art.)
Hitler aurait pu être un
grand artiste. Peut-être, mais à condition de ne pas avoir été
Hitler. On ne peut pas vraiment accoler les mots art et
nazi, et encore moins la
chose : il y a
hiatus. Le manque de continuité ne vient pas de l'art, évidement,
mais dont
les formes ouvertes ne le sont pas
– pour
autant –
au nazisme, puisque celui-ci prend la forme du
prétendu principe d'une race
de seigneurs d'un nihilisme « supérieur », et que l'art,
même celui du combat
traditionnel au
moins,
est le contraire d'une négation, comme création continue.
L'alternative
virtuelle artistique n'est ni une leçon d'art
ni leçon d'histoire. Si dans le monde réel
il y a une place pour les
nazis, il n'y en a pas pour les artistes, sauf à faire de
l'argent, comme tout dictateur
patenté. Le
rêve hitlérien relève d'un
monde qui a perdu tout art
dans sa dimension essentielle, donc
existentielle d'abord.
Ce cauchemar
guerrier, lié à 1914 (…) et à des
causes profondes cachées comme la honte indélébile,
dont les effets unilatéraux et collatéraux, sont la perte
de l'âme, avec ce qu'il en
reste retourné,
quand la marée mortelle
se retire : le ressentiment.
Bien
sûr, Hitler aurait pu être un artiste, et réussir.
À sauver le monde,
dans un sens. Il n'aurait pas
sauvé ce monde de ceux
qui ont fabriqué Hitler, et
qui auraient pu fabriquer
démon pire encore :
n'est-ce d'ailleurs pas ce qu'ils sont en train de faire,
en toute tranquillité relative,
comme ils façonnèrent Hitler, en
vérité, sans problème
majeur ? Le
fait d'être artiste,
plus ou moins petit ou grand, n'a pas de rapport avec l'avenir du
monde. L'art vrai
permet un monde sans
avenir, un monde vrai,
ce qui est un scandale, si
l'on veut bien voir que le devenir économique n'est
que mensonge. L'art est
la grandeur du monde, promesse déjà
tenue qui
n'a rien à vendre,
pas même à une révolution de la vertu.
L'art
ne peut avoir de rapport avec le nazisme, dans toutes
les directions. Pas plus qu'avec le socialisme, l'argent ou
même Dieu, si on y regarde de près.
La sensibilité malade
d'Hitler aurait pu se « satisfaire » elle-même de son
art, et recevoir la fameuse
reconnaissance que la haine de soi compensa par
celle de l'art dégénéré,
plus tard. Mais la racine de l'art n'est pas sociale : l'art
n'est pas une sécurité affective, une paix sociale
intérieure. Ne pas pouvoir être
un artiste bourgeois côté
peut provoquer la haine et le désir profond de recréer une
bourgeoisie plus conforme à
sa définition sélective de
classe (...)
Madame
la Professeure,
on peut naïvement croire que
le nazi n'était pas encore dans l'artiste. Si ça avait été le
cas, il n'y aurait pas eu, effectivement, d'Hitler, et celui-ci
n'aurait pas eu besoin de tuer l'artiste
pour devenir
l'architecte maudit d'un ordre d'inhumanité néo-romaine nihiliste
inédite. Hitler
n'aurait pas pu fonder sa
nouvelle religion « pour 1000 ans »,
partie pas plus négligeable que mesurable
de notre
modernité « pratique »
courante depuis.
Il n'y a jamais eu de
place pour l'artiste authentique dans cette modernité, pas plus
qu'en Hitler lui-même ! Il
n'y a que de mauvaises gens de gauche, ceux de la progressiste,
pour croire de pareilles histoires
de l'art.

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