Je trouve
particulièrement intéressantes les remarques sur les vérités de
notre nature, de la souffrance et de la mort, ainsi que ce qui
concerne l'ego, comme chemin spirituel permettant de mettre entre
parenthèse ce que vous nommez, à juste titre, la contingence
-- finalement globale systémique de n'importe quelle époque,
devant les vraies questions.
Cette contingence concerne aussi
le formatage générationnel comme adaptation à l'évolution
du milieu social dans son adaptation au progrès technicien, où nous
baignons tous dès la naissance, et même avant.
Le socle d'éternité
humaine dans lequel s'enracine pourtant notre humanité,
face aux vents et marées de l'histoire et de ses chimères n'est pas
une culture acquise, c'est notre être même, y compris dans
ses transmissions « mystérieuses », face au
néant qui nous menace -- mais aussi, qui fait notre grandeur
au milieu du gouffre spatio-temporel-spirituel, un peu comme celle du
marin face aux déferlantes mouvantes et bouillonnantes, accroché à
son mât, son roc de bois flotté, le sisyphien...
Et pourtant, sans doute,
comme l'esprit technicien qui le noie impitoyablement, il créé
aussi lui-même cet être, dans sa propre « culture organique »
liée, mais par une ouverture infinie au
monde et même aux mondes, qui replace toute technique dans
une perspective morale, effectivement. C'est à dire humaine. Et tout
moyen devant l'obligation d'une fin liée, et reliée, à ce qui n'est
pas lui.
Quand on prend la
technique comme moyen, elle devient automatiquement une fin de par
« la vertu » secrète et ambiguë de son autonomie
fermée, un peu comme celle
d'une fille strictement reproductrice ou matrice réglée,
à cette différence que la nature reste, là, relativement ouverte
au métissage, dans la mesure de
son indépendance réelle
au système familial-sociétal fabriqué.
Notre système, non, absolument, dans le structurel fonctionnement
autistique-moral-religieux de la dominance technicienne acquise
de son élan, mécanique un peu,
mais surtout, passionnel-fanatique latent.
Nous sommes face à une
double fermeture : celle du système et celle des hommes,
formatés par ce système. Nul, véritablement, n'y échappe, que par
une sorte de miracle renouvelé de chaque instant.
Le miracle d'un combat
désespéré, un peu comme une fille fait face à un violeur avec les
moyens du bord... Certains le nomment foi, d'autre lucidité, d'autre
encore combat pour la vérité...
Tous ont raison, à ce niveau plus ou moins conscient ou déterminé, d'être au moins conscients de la qualité et de la responsabilité de leur attitude, et de leur aptitude à "faire face" autant qu'à "lâcher prise", c'est vrai, selon l'intensité vécue de la folie pulsionnelle automatisée déchaînée, ou froide, de l'agresseur aveugle.
Tout ceci ne peut que
nous rendre extrêmement prudents et courageux en même temps, tout
en respectant les limites de chacun, mais sans renoncer
effectivement à dépasser ces limites pour autant,
puisqu'elles ne sont jamais, bien souvent, qu'une illusion sur notre
vraie nature perdue, ou plus exactement chassée.
Mais tellement peu ont la
force de faire face à leur vraie nature que cela devient un
acte surhumain : nul ne sait s'il y parviendra, ce qui casse
toute possibilité de sortie même du simulacre technicisé en soi :
génération après génération d'un côté l'espoir subsiste, comme
le fait remarquer H., d'un autre, le désespoir reste évidemment
le plus fort, compte tenu du rétrécissement cataclysmique intérieur
et interne d'un monde en auto-fabrication, ne fabriquant
plus que des objets techniques
structurels efficaces.
A ce niveau nous sommes
effectivement au cœur du problème"technique"
contemporain, puisque "que faire ?" signifie bien, comme le
remarqua Ellul, "quel moyen ?", dans un univers où toute
fin a été méthodiquement éliminée au préalable comme
extérieure, et inexistante,
au monde rationalisé-dialectisé qui nous produit, et
que, si nous ne nous désintoxiquons pas de ce préformatage, nous
n'accéderons jamais plus ni à notre être lié ni à
notre nature profonde comme racine moyeu.
Notre nature a été
pliée à la Technique comme une matière première. Il nous faut la déplier et la redéployer
sans faire l'erreur d'utiliser les moyens de cette Technique, ni pour
autant de l'exclure absolument. Elle doit être désacralisée et
reconnectée selon la vérité reliée de notre nature, pour lui
redonner de l'être, non comme servo-système dominant, mais comme l'Arche d'une nouvelle alliance avec les mondes qui nous
dépassent et nous orientent.
Contre la pression,
fatale comme femme nous tient, que
le système nous injecte, d'un absolu tabou de non-retour
organique, doublé d'une
culpabilisation liée à une fidélité obligée,
non à un esprit clair et net, mais à une appartenance
charnelle-passionnelle plus qu'ambigüe.
Si souvent personnifiée par
une amante (la vérité), et encore plus, par une mère
aveugle (église, science,
patrie...), dont le pouvoir tient plus secrètement de la déesse
Kali, que de la raison soit disant-célébrée par la science
révolutionnaire moderne « supérieure »
d'occident.
D'esclaves aveuglés
volontaires, il nous faut passer effectivement à une
dignité libre, dans cette lumière aveuglante où nous
baignons, pour le meilleur si peu souvent, et pour le pire la plupart
du temps : lumière quasi-incestueuse, au niveau spirituel, comme une chute, le retour à une barbarie matérielle
médusienne, sociale-organique, issue peut-être de ce que le
matriarcat comprenait de pire : le pouvoir
exclusif de fabriquer tout le monde, de faire et défaire tout
par instrumentalisation « naturelle » totale des
relations humaines.
La doxa programmée étant
de considérer que ce pouvoir aurait disparu par l'impitoyable cruauté
d'un patriarcat de barbarie et d'animalité pures, venue d'obscures sources naturelles.
En tous cas, ce n'est pas
ce que les Grecs, et bien d'autres, nous ont enseigné, pour prendre
un exemple hors de l'horreur, dénoncée par les
progressistes technicistes, du judéo-christianisme romain.
Et pour
aller plus loin, on peut émettre l'hypothèse qu'un tel pouvoir
exclusif aurait pu s'effondrer de lui-même, par une sorte de
décadence naturelle liée à sa débilité, au sens
propre, parfaitement comparable à celle qui surprend aujourd'hui
ceux qui considéraient les femmes comme des êtres inférieurs ou sous-humains. Par consanguinité intellectuelle en quelque sorte.
Et si nous ne pouvons
lever une ambiguïté éternelle qui nous dépasse,
au moins pouvons-nous essayer de la comprendre, ou encore plus
humblement, la regarder en face, sans peur ni volonté de puissance,
sans se faire piéger ni fasciner.
En hommes, et femmes, conscients
autant de nos faiblesses que de notre honneur, maintenu dans la
légitime volonté de notre être vrai vivant naturel (au
sens de non touché par la main violeuse de l'homme).
Beaucoup de travail sur
la planche, un océan où il n'y a de salut que dans la
reconnaissance de ce qui est, et dans, effectivement, une approbation
ou un consentement qui renforce le refus de ce qui le nie,
mais qui refuse aussi et encore absolument, sous le fallacieux prétexte d'ordre ou de cohérence, de nier ce qui refuse de
nier quoi que ce soit, au nom de quoi ou qui que ce soit.
La vie est un combat, pas une guerre, même si ce combat finit toujours contre nous,
dégradé en guerre, à partir du moment où tous les moyens
sont bons, dans l'esprit technicien d'un temps "égaré",
au sens propre de sans destination, errant dans le labyrinthe de Machiavel.
On nous presse de ne pas manquer
le TGV, mais le train fantôme dans lequel on nous pousse et
embarque de force a les wagons plombés, comme nos ailes, celles des
canards sauvages, celles des anges de jadis, ou de
notre esprit "moderne".
La vie est le combat,
sans fin, de la libre paix frontale de mondes en éternelle
recomposition.
Des mondes penchés, mais vers l'unité perdue de leur équilibre premier, comme un bateau ivre, corrigé par sa quille ressuscitée.
Des mondes penchés, mais vers l'unité perdue de leur équilibre premier, comme un bateau ivre, corrigé par sa quille ressuscitée.
Ce n'est pas le surf
qui importe, l'enfant qui lâche « le frêle esquif » au
ruisseau de son âme « libérée », mais la qualité de
l'esprit stabilisateur; et que la cargaison ne défonce pas la
structure civilisationnelle par sa folle autonomisation molle de science dure.
Nous en sommes
précisément là, exactement à cet endroit historique, sur la
carte.
Que le lent et scientifique "dérèglement de tous les sens" aille se faire voir Ailleurs, vers des Inconnus que nous ne voulons plus connaître : nous n'aimons que l'Inconnaissable, sur lequel il n'y a nulle illusion.Dans l'obscur, au moins, tout est clair, comme dans une certaine peinture.
Que le lent et scientifique "dérèglement de tous les sens" aille se faire voir Ailleurs, vers des Inconnus que nous ne voulons plus connaître : nous n'aimons que l'Inconnaissable, sur lequel il n'y a nulle illusion.Dans l'obscur, au moins, tout est clair, comme dans une certaine peinture.
Ce que nous voulons
n'est plus la folie des embarquements légers, même joyeux ou festifs, mais le voyage
immobile et lourd, comme un ventre porte l'enfant rimbaldien armé
d'amour, des eaux vives d'une conscience liée.
Là est notre désert
fertile et frais, comme une fille sauvage, et surtout pas la
Belle apprêtée pour le sacrifice rituel de la Bête. Pas la
déesse-Mère Mécanique, religieuse comme une mante moderne à cordes, à trappes ou à guillotine. Cette Jument de Troie en mauvais bois, on vous la laisse, et tout le bordel avec comme dérive.

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