vendredi 23 octobre 2015

L'ÉTERNEL RETOUR DE CAMUS # 1 L'ÉTRANGER DE VISCONTI









« Je n'ai pris aucune liberté avec l'œuvre de Camus sauf quelques coupures nécessaires dans la transposition de l'écriture à l'image et du style indirect au style direct. [...] Pourquoi trahirais-je une œuvre que j'ai aimée et que j'aime ? La fidélité n'est pas manque de pouvoir créateur. » Lucino Visconti



« L'Étranger » de Camus, sans doute l'un des romans des temps modernes les plus lus au monde. 

Parce que chacun, n'importe où, s'y reconnaît un peu-beaucoup, identifiant obscurément, mais en profondeur cachée, une sorte de sociologie du système qui partout gère nos vies et valeurs. Valeurs auxquelles nous sommes censés adhérer comme à un parti invisible, mais omniprésent.

Auxquelles nous sommes censés croire ou plutôt faire semblant de croire, comme tous ces croyants du dimanche.



Crime, dans ce réquisitoire par l'absurde contre l'absurde du système ou contre un système de l'absurde, si proche par certains côtés implicites, atmosphériques, de celui du « Procès » de Kafka, se résume d'abord et tout entier, au niveau formel de l'Accusation, dans la délinquance « objective » en soi de ne pas faire ouvertement semblant « d'y croire » comme tout le monde ; et surtout avec un naturel si existentiel qu'il en devient presque paradoxalement "innocent" comme un vieil enfant par rapport au mal profond, systémique.



Au vu de la bassesse générale du monde ambiant trempe plus que vit Meursault, son meurtre paraît finalement relativement léger en responsabilité profonde, comme ces efflorescences apparemment absurdes de crimes récurrents  n'obéissant qu'à l'air du temps, en ces périodes éternisées dites troublées, aux repères mouvants, selon les retournements conjoncturels de finalités aussi incertaines que manipulées.



Meursault, lui, est le contraire d'un manipulateur, mais les détails retournés contre lui le désignent comme tel, responsable pour et à la place d'un système qu'il semble ignorer, comme dans un défi qu'il ne pose pas, mais qui finit par le définir par défaut, au cœur du soupçon investigateur de mobiles facteurs. 

Le mal social, sa pathologie patente-latente, sont traités dans une pure logique nominaliste : il faut détruire le symptôme à la source, tuer le messager, le porteur « sain » pestiféré. 

Vision judiciaire clinique, froide comme une cellule de 1984 ou de Brazil. Ce sont les formes qui définissent le fond du jugement à venir. Les manières de vie de l'accusé sont en cause, considérées comme la source du mal, non comme ses conséquences. Il y a inversion de principe du principe humain.



Le crime est défini par son contexte, jamais en soi. Ce n'est pas Meursault qui est jugé, mais son image interdite, réputée repoussante : elle définit le crime, elle ne peut qu'en être l'origine, non le système qui la génère dans une sorte de dégénérescence douce et molle, tiède et fétide, étrange, étrangère à l'humain dans sa vérité vécue. Le système n'est pas responsable, Meursault, lui, est irresponsable dans le mauvais sens.



Quelle est la position de celui qui fait semblant de croire à la validité établie de l'absurde ? Sinon celle d'un système banalisé, se servant de chacun pour réaliser ses basses œuvres quotidiennes ?

Les systèmes des vraies-fausses valeurs qui nous font vivre ou échouer ou refuser, sont des systèmes de systèmes elluliens. 

Nous sommes ses médiateurs incarnés ou désincarnés, volontaires ou involontaires. 

Même celui qui refuse ou échoue, le fait au nom du système, avec -- pour ou contre -- ses valeurs et leur vide de simulacre remplissant notre trop plein "naturel" de vie, sinon où serait l'échec ou le refus ?



A moins que ce refus ne soit d'une autre trempe que celui qui nie ce qui le nie, pour affirmer sa propre négation, finalement conforme défensive, humaine, coupable-innocentée, couverte et recouverte.



Meursault ne croit ni dans l'absurde ni contre lui, il le vit et le subit sans comprendre : qui, d'ailleurs peut la comprendre, cette absurdité du monde ? 

Il n'accorde pas de valeur spéciale à ce monde, tout en en jouissant comme il peut ; ce qui fait qu'il lui donne une relative valeur, une valeur pour le moins modérée,  qui l'engage involontairement, anonymement, infantilement, honnêtement donc, dans un sens.



C'est d'ailleurs dans ce sens que ses amis le défendent du mortel « accident »  involontairement provoqué.

Donc il y croit sans y croire, comme on peut  le faire quand on "sommeille" une vie active, sauf qu'il fait partie de ceux qui n'arrivant pas vraiment à y croire – tout simplement –, et pour qui tout vaut tout, banalement,  légèrement en quelque sorte, depuis la première petite trahison entre soi...



Il ne peut simplement pas croire qu'il y croit, ce qui ne veut absolument pas dire qu'il n'y croie pas, au fond : c'est bien le système qui le fait vivre, qui lui donne son droit humain collectif naturalisé de vivre

C'est un "collabo" détaché, déconnecté, paumé, mais finalement passivement actif. Il y croit à sa façon décalée et indifférente, sceptique, mais indifféremment consensuelle, rattachée, liée, intégrée. 

Camus disait que pour que l'absurde existe, il faut commencer par y croire et que pour le combattre il fallait, inversement, refuser d'y croire, y compris dans sa part belle et avantageuse, tombant au hasard d'un numéro tiré à la roulette – le malheur des uns faisant le bonheur des autres. Un credo crucial en quelque sorte.



On se croit d'abord, dans ce théâtre d'ombres, acteur de sa vie et dans celle des autres, alors que ce sont que quelques uns qui, par les autres, proches ou pas, mais de proche en proche, agissent, réagissent et inter-agissent sur notre vie. Ne pas ou ne pas pouvoir jouer "son rôle" dans ce jeu distribué est bien pire que d'avoir le plus mauvais.



Ça porte malheur, la poisse, apporte le crime et mal tombant du ciel et retombant sur cette mécréance sociale, comme une honte fautive, coupable, impardonnable, normale, "juste". 

La "Justice" ici n'est donc qu'un doublage, une sorte de doublure de situation, traduction sociale, interprétation officielle de la condamnation "logique" de celui qui ne se rend pas à « l'évidence absurde » sécuritaire grégaire, pour reprendre une expression de Daumal. 

La superstition sociale vécue est une des racines du système social.



L'innocent relatif devient absolument coupable dès qu'il "ignore", volontairement ou pas, là n'est pas la question – personne ne peut jamais  savoir le vrai dans l'hyper-complexité partiale du système, avec ses milliers de dispositions quadrillant les cas – puisque tout revient au volontariat passible obligé du crime supposé. La vérité n'existe donc théoriquement pas. 

Dès qu'il ignore, cet innocent étymologique, le code commun liquide et rusé remplace toute vérité, infiniment plus lourd que la loi, qui n'en est que l'expression théorique fondatrice, coulant sa règle d'airain psycho-social dans son moule, comme la rivière sculpte le roc des rives. 

Dans ce cas, l'Accusation suppose et dispose en même temps, d'un seul coup de lame de guillotine.



Meursault est jugé coupable de nihilisme passif d'abord, vis à vis d'un système nihiliste actif : sorte de double négation à la Hegel qui s'affirmerait, dangereusement, comme un au delà personnel, inadmissible, de la loi. Le positivisme de superstition représentative, d'illusion collective, ne s'en relèverait pas.



L'absurde de l’Étranger est d'un absurde d'humour noir qui fait rire très jaune. La somme des pièces apportées au dossier finit par être cruellement nulle, non pas tant pour Meursault, qui n'est malheureusement qu'un produit parmi tant d'autres, relativement irresponsable, absolument coupable, mais pour un système de croyance scientifiquement établi, si on passe sous silence le terrorisme criminel de ses origines. 

Il a été et il sera toujours de bon ton de faire diversion sur le sujet engagé, subtilement, par Camus : il faut égarer le bon intellect moyen par des considérations honnêtement racistes ou politiques, dans tous les cas mystifiantes, idéologiques.

Camus combattait les idéologies, combat rapproché y compris et surtout dans son propre camp, qui lui porta, évidemment, les coups les plus mortels.



La forme littéraire sciemment donnée au roman n'est pas récupérable par analyse : il fallut attaquer l'homme, que voulait être d'abord son auteur.

L'adaptation de Visconti, parfaite s'il en est, ne pouvait que subir l'excommunication morale que vécut Camus : ce chef-d’œuvre, unanimement jugé comme un film "raté", est particulièrement virulent et « efficace » en ce qui concerne le système judiciaire et religieux. 

On ne peut donc que remercier Francine Camus d'avoir obligé le réalisateur à renoncer à un scénario politique qui aurait été d'une infidélité tragi-comique pour la compréhension d'une œuvre dont l'ironie profonde, mais masquée, touche à une perfection aussi douloureuse que le mal absolu qu'elle pointe est indolore.



« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » disait Hugo.  Déclaration qui ferait scandale dans le aujourd'hui : tout a changé : rien de ce qui est humain n'étant plus ni audible ni admissible. 

La différence, ce sacrilège social, est devenue un crime plus odieux qu'un meurtre de droit commun : c'est un crime "raciste" de lèse-pensée unique.



Un meurtrier "standard" minable comme Meursault, dans la négation pure et simple de son inaliénable humanité, opérée par la « vertu » de ses accusateurs, par un contraste absurde renversant, devient presque l'innocente victime d'un monde monstrueusement déshumanisé.



C'est d'ailleurs ce qui ne manque pas d'arriver, de jouer et de se jouer, au grand dam des familles des victimes, que cette absurdité interne retournée, débordant un système hors-sol humain repousse et pousse directement à l'apprentissage conforme de la haine aveugle, comme chez la bête blessée. 

L’Étranger, ce combat non-violent absolu contre l'absurdité hurlante de cette condition-là, si souterraine que jamais consciente, mais parmi les livres les plus lus, donc. Rien n'est jamais perdu à qui n'y croit pas.




mardi 20 octobre 2015

LE SCANDALE DE LA VRAIE VIE # 1 LE MONDE CHANGE








« Le monde change ! » clament et proclament sur un ton de prophétie révolutionnaire, et comme dans un mot d'ordre incontournable, contraint par la réalité elle-même, les libéraux technologistes de service relayant les gauchistes révolutionnaires en état de coma éthylique avancé; profitant du désarroi de temps étranges, venus d'ailleurs, où se profile déjà un fascisme rénové dans chaque camp concurrent pour le contrôle mental et instrumental. La révolution, ça conserve.



Sous-entendu les techniques évoluent et elles obligent impérativement à sacrifier l'intelligence et la morale éternelles à leurs besoins fabriqués, besoins auxquels ceux de l'humanité finiront forcément par répondre unilatéralement, pour pouvoir survivre dans un monde concurrentiel surpeuplé, acculé mécaniquement aux lois du nombre et de la masse économique industrielle dite « numérisée » – entendez accélérée, « simplifiée », totalement gérée au sens de rationalisation ultime

« Le monde est fini ! » tout doit être calculé au plus juste si on veut continuer à « infester la terre » en toute impunité « utopique » légitime.



Les lois fondamentales du contrôle humain auraient donc changé ? Celles de la guerre, de l'argent, de la religion et du sexe ? Un progrès humain serait-il en vue ? Le suicide collectif ne serait plus le but suprême latent ? Nous ne voudrions plus changer la vie dans le sens de la mort ? Nous l'accepterions enfin telle qu'elle est donnée, telle qu'elle nous dépasse, bonne ou mauvaise selon notre volonté en nous, selon son étrangeté hors de nous ?



Le monde change pour tout le monde : nous aussi nous changeons : nous ne croyons plus, comme dans nos jeunes et naïves années, que ce même monde inchangé change. Nous savons qu'il ne le peut pas, qu'il ne le veut pas, qu'il ne le souhaite pas. Ce qu'il veut, c'est continuer à changer pour ne pas changer, pour aller plus loin encore dans la volonté de puissance et de domination. Dans le défi, ce mot à la mode, de précéder l'inéluctable, comme le suicide précède la fin logique ou naturelle.



Les libéraux technologistes se gardent bien de dire si le monde change en bien ou en mal : dans les deux cas leur plan est le même, il ne change pas, lui : tirer profit de l'un ou l'autre et même les mettre sur la même balance faussée pour vendre les deux possibilités d'opportunité. Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, tout et n'importe quoi plutôt que d'envisager notre humaine condition en face et d'accepter la grandeur de ses limites. 

Le dépassement de soi des anciens est passé à la trappe : il suffit, avec les machines, ces chiennes serviles sans état d'âme, de dépasser le monde lui-même, de le changer, de l'échanger.



Tout plutôt que ce scandale irrémédiable de la vraie vie, avec ses règles naturelles inhumaines et insoutenables, ses principes transcendants inadmissibles, oppresseurs et injustes, barbares. Tout plutôt que cette horreur de la nature. Plutôt l'anarchie humaine organisée, encadrée. 

L'avisé Baudelaire avait bien vu les vertiges de la violence artificielle et de la délinquance psychologique, abyssale et sale, du plaisir gratuit et cruel institué, cette basse-fosse romaine de nos fantasmes gladiateurs, qu'allait nous procurer la pure et dure trahison de la condition humaine, et la haine jouissive de soi qui nous porterait à dé-construire, dans la plus basse animalité, enrobée de morale sociale alter-égoïste, nos vies et le monde : celle du gamin pourri qui n'aime les jouets que pour les détruire dans l'extraordinaire excitation du mal de vivre moderne, obligatoire et public, facultatif et privé.



Les orgies changent : elles deviennent intellectuelles, culturelles, économiques, technologiques, au milieu du nouvel esclavage mental. Le mal seul change : il sort des ghettos, des limites, de son aristocratie du bas-fond et du dessus du panier. Il se démocratise, se greffe, se télécharge, s'intériorise, colonisant nos corps, nos nerfs, nos imaginaires, nos enfances, nos sentiments.



Le changement égoïste et brutal nous fascine comme une apocalypse festive, ivre de pouvoir et d'arbitraire, feu d'artifice hédoniste, bûcher autour duquel dansent nos monstres, avant de tomber à la renverse, comme des mouches épuisées ; nos monstres sacrés, ces merveilles voraces illimitées et délirantes, dévorantes, engloutissantes, comme le fut d'abord le IIIème Reich aux yeux rougis de la misère grise et noire, comme un naufrage suprême qui nous fasse vibrer à mort à crédit, pur objet sensuel et consensuel du « grand » désir d'en finir enfin et de tout oublier dans et par une servo-consommation ultime, absolue, fasciste disait le poète italien assassiné, de la seule vie qui change et mange tout le temps trop intense désormais qui nous fut donné pour rien.



Nous rêvons d'être des machines. Voilà ce qui a changé : le mauvais rêve et son angélisme malin automatisé, répandu comme une pandémie intellectuelle, mentale, psychologique, onirique, mystique. L'homme machiniste machiné n'est plus une honte, un scandale : le monde change. 

C'est devenu un idéal de survie recyclée, d'augmentation perpétuelle contre l'éternité même, de contre-vie et de contre-culture, de contre-humanité, de contre-vérité : la pédagogie pathologiste du désespoir a payé, le nihilisme fertile a accompli sa basse besogne de redressement productif.



Le champ est libre, la voie est ouverte, radieuse comme l'illusion d'une aube nouvelle et dorée. Il n'est plus besoin de ne plus croire en rien, il faut croire dans le Rien du Hasard, comme dans une nécessité crédible du tout est désormais possible, advenu, avéré et prouvé en œuvre

C'est une rédemption inespérée, miraculeuse, scandaleusement belle même, comme la remontée transcendante des cours de la bourse de la City en pleine fin du monde.




samedi 17 octobre 2015

LES CITATIONS DU SOLDAT INCONNU # 1 LE CHRIST CACHÉ



N.B. : Découpage de citation, entre crochets et parenthèses, paragraphes et italiques par dHk.





«  (…) [l'enseignement du Christ] inclinerait à penser qu'il souhaitait un dépassement de l'attitude religieuse traditionnelle, fondées sur l'observation de la Loi [judaïque] par une spiritualité personnelle intériorisée directement reliée (…) Comment dès lors, aurait-il voulu fonder une nouvelle religion, avec un clergé, des dogmes, et qui plus est, en rupture totale avec sa propre tradition qu'il relativisait sans l'annuler ?



(…) sa liberté vis à vis de cette Loi est sans équivalent, parce que fondée sur un principe intangible : la primauté de l'esprit de la Loi sur la Loi elle-même.



(…) L'affirmation qu'une règle ne peut, par elle-même, assurer le salut de celui qui l'applique est une innovation majeure au regard, non seulement du judaïsme, mais aussi de toutes les religions de l'Antiquité.



(…) la notion de paternité : Ce Dieu est avant tout le Père, et les hommes sont ses fils. Qui plus est un père aimant, bien loin de l'image d'autorité accolée à la paternité dans la culture de l'époque (…)



Le second trait saillant [du Christ] est la miséricorde : avant d'être un Dieu justicier comme l'est le Yahvé biblique, il est d'abord un Dieu d'amour, dont le pardon est inconditionnel pour ceux qui se repentent (…) »



jeudi 15 octobre 2015

LES INVERSEURS # 7 DÉFONCÉS DE LA FORME






Avoir raison sur la forme ou inversement, avoir vaincu l'un ou l'autre au nom de l'autre, de l'alter-alien, soit par le fond soit par la forme, « mort, où est ta victoire » ?

Mort, tu nous condamnes à la perte d'authenticité, à avoir tort sur l'un ou l'autre, et finalement sur l'un et l'autre, dans toutes les parties.

À ne plus pouvoir retrouver une forme juste qui ne soit pas juste inversion ou renversement, retournement d'un fond, du fond, comme si celui-ci pouvait extérieurement être manipulé, comme s'il pouvait passer dans le devenir tout en baignant dans l'essentiel.

Ce renversement renversant des rôles, cette révolution voudrait nous dissuader de voir et de comprendre qu'une forme d'expression, ou l'expression d'une forme, n'a rien d'autonome ni de spontané, qu'elle est liée, dans sa détermination, à autre chose que sa propre matière ou initiative, qu'elle relève et élève parce qu'elle obéit et traduit ou transmet. Cette révolution-là n'est que celle d'un monde à l'envers, et même pire : celle d'un monde dévoyé

Un monde qui ne forme ou n'informe plus rien, mais une stérilité intellectuelle liberticide contre-naturelle et « contre-culturelle », même si une certaine contre-culture des années 70 fut parfois un appel pathétiquement plus qu'humain à une culture authentique aujourd'hui en voie d'anéantissement lent.

En ces temps-là, les défenseurs de l'autonomie et de la spontanéité n'avaient rien de la professionalité de la morale sociale qui balise notre pensée unique, unidimensionnelle. Pensée qui rend tout systématiquement, universitairement et industriellement, informe dans sa forme, standard, adaptable comme une pièce de mécano ou une montre molle dalienne. 

Qui délie et délite toute forme constituée ou accouchée, crée par le génie humain trans-générationnel ou pas, et la transforme en maillon, courroie, en servo-lien plutôt que lien qui sert au sens de servir sa cause liée avec le dévouement naturel d'un monde appartenant à la même réalité unitive trans-psycho-intellectuelle.

La révolte viscérale a systématisé rationnellement une révolte impossible : celle des viscères entre elles, comme dans la fable ancienne au sujet des guerre intestines. La guerre et haine contre soi-même, dont nous ne connaissons que trop les fanatiques promoteurs pseudo-religieux et leurs pseudo-ennemis déclarés, encore plus fanatiques.

Clairement, une forme dévoyée ne peut être que l'expression d'un dévoiement de fond : pas de fumée sans feu. Il faut donc retrouver le vrai fond au fond du puits de notre mémoire ou plutôt de notre conscience pré-sociale, pré-morale-sociale, pré-collectiviste-de-masse, pré-industrielle, par delà les formes subtiles nouvelles qui enferment plus durement encore que les anciennes barbaries fanatiques d'antan.

Comme un pieux mensonge social discrètement posé sur notre désespoir de fond caché. Inutile de déchirer ce voile qui n'attend que l'occasion d'un viol pour exiger une réparation qui le renforcera dans la bassesse calculée et dissimulée de sa trés pitoyable faiblesse.

Nous devons le faire maintenant, sans attendre la généralisation patente et irréparable de la folie suicidaire qui nous gagne comme une marée discrète et muette d'abord, aboyeuse et rageuse ensuite, ravageuse enfin. Révélant un mal de fond contre lequel aucune forme de traitement connu n'existe

« Connu n'existe » : connaissance et existence. C'est l'existence même de la connaissance qui est en jeu, sacrifiée, terrorisée, menacée ou humiliée.

Ceux qui ne se lèvent pas serviront d'esclaves au nouveau bordel romain post-moderne. Tous ou presque. Aux autres, résistants-rescapés, non conformes ou conformes non dynamiques , les ordres et leurs mots-formules consacrés hurleront de nouveau : « Tuez-les tous ! », comme tant de fois dans l'histoire prostituée, comme tant de fois aujourd'hui, à chaque instant autour du monde et de nous. La nuit et le brouillard se lèvent sur le grand carnaval sanglant de la connaissance perdue.




Tous, c'est à dire les deux moitiés du monde, comme si ces deux moitiés étaient le monde, comme si on pouvait, on avait pu, comme si on avait réussi le miracle scientifique de couper le monde en deux, comme on pourrait couper un humain en deux, un être vivant ou élémentaire, végétal ou minéral, en deux.

Tous, les deux parties, ont tort au niveau de la forme, au niveau des deux formes – qui, justement, ne sont que des formes, des apparences, du matériel, du superficiel, du transitoire, de la pure mesure et non de l'être. Des deux formes qui font, et ne font que de, la dialectique mouvante, mouvant le devenir – éternellement, vers l'éternel.

Formellement tort, chacun dans son sens unique, coupé de la réalité du tout, des deux qui ne font qu'un, qui ne devraient ne faire qu'un, mais qui ne le peuvent plus. Ce sens abstrait qui fait non-sens. Un Péguy l'aurait dit. Ne remonterons-nous plus jamais ces deux moitiés qu'à l'envers, enracinant l'angoisse au plafond d'un « réel » sans fond, sans plus de réalité ? Tout le monde s'en fout.

Puisque, sur le fond, chacun a raison dans dans son sens non sécable, non séparable, mais séparé par la force historique des choses ou par le mal, le mal nécessaire désormais, qu'il faut pour rendre nécessaire le bien, ce bien qui se passe de théorie, au moment où l'on entrevoit l'horizon des effets sans fin du processus, horizon « de générations futures » ou de bombe à retardement, qui n'apparaît qu'au bout de la violence que les deux parties, coupées d'elles-mêmes finalement, s'infligent et s'infligeront mutuellement.


Toute partie, chaque partie remonte à la violence fondatrice de la négation d'origine, de l'origine historique, à l'origine historique d'un statut quo qui n'est que pause tactique, sursis, illusion de paix, de vérité et donc de réalité, pause de Noël dans les tranchées.

Violence originaire, originelle, celle qui nie et dénie, et que l'oubli n'efface pas, mais obscurcit aussi aveuglément qu'on lui obéit bêtement, que ce mal insaisissable qui fait peur et qui finit par définir ici et maintenant pour des décennies encore et encore les deux moitiés du monde.

Nietzsche en parle bien dans la Naissance de la tragédie, qui n'a plus rien de grecque, tout en le demeurant sans doute si profondément qu'il faut y aller chercher le mystère des origines de notre mal européen à travers son universalisation maudite, sa contagion « spirituelle logique », la multiplication géométrique de son nihilisme institutionnalisé.

Le culte de la guerre des apparences vraies du vrai plus vrai que le vrai essentialisé contre lui-même, a tué leur transparence et coupé l'existence de l'essence dont elle est devenue la coquille vide vidant le monde de son sens, le coupant en deux formes d'existence nécessaire, mais illusoires : leur reflet inversé ne fonde que la perte mutuelle comme misérable victoire de nécessité pure d'un fondement purement théorique d'un monde purement calculé, construit, volé, pillé, imaginaire, dont désormais et pour si longtemps, plus personne ne sortira vivant, comme le disait le poète américain rocker nietzschéen Jim Morrison.

Jim Morrison disait aussi que nous ne pouvons plus qu'aller jusqu'au bout du mal, l'explorer jusqu'au fond, dans la multiplicité infinie de ses facettes, de ses reflets trompeurs, qu'il nous allait falloir épuiser avant de pouvoir avoir la possibilité même de commencer passer à autre chose

Ce programme était franc et fou, chamanique. Celui du monde où nous vivons est sournois, dissimulé, divergent, dissocié, scissionniste, formellement et essentiellement relativiste.

Son inversion primordiale est un reflet maudit, caricature pitoyable, simulacre dickien des deux côtés de la même trique intellectuelle, morale et prétendument spirituelle de Dieu. 

Ce Dieu D'État, Matériel et Comptable, qui nous définit ou crée dialectiquement : un Logos Imposteur grec contre le Christ Spirituel grec, le Logos du Coeur.

Là est la Tragédie d'origine des deux camps plus concurrents qu'ennemis, inverseurs, du mal, là est la situation renversante qui nous double et dédouble en permanence et immanence au niveau du bien ordinaire et extraordinaire.






samedi 3 octobre 2015

LES INVERSEURS # 6 À PROPOS DE LA GUERRE QUI VIENT



Post initialement mis en ligne sur darkhaiker pearltrees, notamment en lien avec deux textes de Clausd dans le dossier : http://www.pearltrees.com/darkhaiker/economie-solidaire-ou-guerre/id14820434




De supposition en supposition, ils en arrivent
à offrir un membre, à sacrifier un peu de leur
peau pour sauver le reste. Chacun choisit sa 
blessure : un œil, une main, une jambe.

R. DORGELÈS, LES CROIX DE BOIS 




Le carburant du système de puissance, c'est le recyclage énergétique en circuit fermé, comme moteur du simulacre en orbite. « On ne peut pas vivre hors du marché. » Dixit un économiste qui parle de notre racine système.


Le propre du système de puissance matérielle est de ne pas être, mais de fonctionner, d'exister : le monde matériel pur sur lequel il est construit est automatisme de transformation permanente, transsubstantiation, auto-dévoration, recyclage, auto- et pan-consommation. Rien ne disparaît, tout subsiste, mais déformé, détourné, dégradé, infiniment dégradé, jusqu'à la fin de la mécanique des cycles descendants physico-chimiques.



Dans ce contexte, rien de ce qui est principe vital libre de ces cycles ou raison supérieure de leur ordre n'apparaît plus, seul de dégage un chaos, un stock brut de formes vidées de vie propre, intérieure, stérilisées avant recyclage. Il est vrai que l'énergie disparue manque tragiquement, mais elle est comblée par la comédie de l'énergie dégagée ou mobilisée par sa disparition même, celle nécessaire à brûler son cœur être, tirée de l'énergie retournée, altérée de ce même être-force motrice transmuté en matériau fonctionnel.



Si Satan lui-même n'avait été un ange supérieur d'où, déchu, aurait-il pu tirer sa puissance ? L'infinie dégradation nourrit son propre mal à partir de la valeur première, illimitée, naturelle ou divine bonne, donnée, elle, dans son absolue relation unifiée au monde. C'est pourquoi, comme dans toute propagande et propagation, le mal est un simulacre du bien, et le chaos machinique dickien qui nous attend dans la guerre totale qui se prépare cran après cran, celui de l'ordre. « The machine that we built would never save us » (Jimi Hendrix).



Privée de ses principes supérieurs, la matière que nous sommes partiellement, chute. Mais dans l'inversion parodique sataniste de ces principes universels, elle se dégrade en monstruosité sous-humaine. Quand les anciens n'étaient que pure bestialité barbare dans leur guerre primaire, on devine le lien caché entre une certaine science technicienne et un certain commerce de guerre, celui qui fait passer le crime et sa paie du stade artisanal de masse à l'industriel de masse et crée son économie propre, florissant sur les champs de cadavres contre toute sagesse supérieure, leur ennemi commun enfin défait.



Cette alliance officielle, scellée il y quelques siècles en occident sous le prétexte vertueux de façade ou d'intention, pour les naïfs – leur lointaines victimes collatérales, d'en finir avec les horreurs des guerres de religion, a fabriqué la guerre moderne, rationnelle, pacificatrice par la soit-disant vertu de l'équilibre des terreurs et des intérêts liés. Elle s'est construite et développée impunément, cette alliance maudite, dans l'imaginaire des consciences mêmes : des consciences modifiées et hallucinées par la peur panique et la passion avide.



D'un autre côté, ces illusions d'alternatives révolutionnaires de justice sociale et de productivité humaniste positivistes, de « prospérité » et de « paix », ont créé des pseudo-valeurs de pure inversion. Mais les noces d'un commerce et d'une science sans conscience ni odeur auront été finalement de courte durée. Puisque la science financière se sépare définitivement de la véritable, désintéressée, fidèle aux vrais principes de réalités que le post-humanisme tente tragi-comiquement de dépasser et de diminuer, d'atomiser et finalement de liquéfier avec la robotisation à marche forcée de la vie raréfiée.



La contradiction éclate de plus en plus, comme les conflits en archipels, plus encore que d'intérêt, ceux de conscience malheureuse. La vraie science, nécessairement pacifiste, objecte, comme un seul Einstein. Elle est devenue un frein : la « science humaine » de communication prend la relève et direction des opérations de conditionnement de guerre : le moral est décisif.



Ces noces barbares d'une science et d'un commerce autonomes,n'enfantant que des bêtes mécaniques de guerre, étaient, dans une large mesure contre-nature : le commerce ne pouvait limiter la barbarie, il ne pouvait qu'en augmenter la quantité productive. La science au service de la pure puissance ne pouvait limiter la mutation nazie de la technologie, son envahissement progressif par une mystique d'humanisme de droit divin, national, international ou libéral socialiste.



Le post-humanisme de la guerre technologique à venir contre la résurgence fabriquée des anciennes guerres de religion ne profitera pas à une vraie science pacifiant a posteriori, après coup, le retour à un monde où la puissance aurait reculé : elle aura encore avancé, transformant toute conscience libre en poussière mémorielle, en scorie virale à nettoyer. Il ne restera plus que des devoirs économico-civiques transformés en droits de l'homme, comme si l'Hitler des progammes spéciaux (atome, eugénisme...) avait, finalement, gagné la 3ème guerre mondiale depuis sa tombe virtuelle.



Ainsi, toute opposition matérielle à la guerre barbare moderne de masse ou spécialisée la renforce et fortifie, la vivifie, la fertilise de son sang. Seule une objection non matérielle la relativise, la fait flotter dans le bain sale son mensonge, dans son simulacre médiatique et son imaginaire psychologique. Seule une objection non personnelle, non égoïste la remet en question radicalement : il n'y a aucun intérêt en jeu, pas même celui de l'humanité, il n'y a que des valeurs non-comptables donc impondérables et imprédictibles

Comme le remarque Clausd, elle vient du cœur, pas du sentimentalisme de la petite enfance de l'humain, mais de cet ancien synonyme de courage. Ce que les anciens savaient être l'humain dans sa force illimitée, limitation que le post-humanisme psy cherche à lever.





vendredi 25 septembre 2015

BLADE RUNNER # 1 LE MÉTIER D'HUMAIN N'EST PAS UNE RESSOURCE




Blade runner, celui qui court, un peu comme Charles Péguy, sur la lame. Celle d'Excalibur, l'épée de l'esprit, toujours « à la grâce de Dieu ».


« Ce n'est pas mon métier, c'est un métier que je fais. C'est un travail, pas mon métier. Ce n'est pas le métier qui fait le travail, c'est le travail qui donne le métier. »

Un psy à la mode des années 70-80 est allé jusqu'à affirmer que toute relation humaine relevait de la relation parent-enfant. Difficile de lui donner tort, difficile de tout y résumer, mais il y a du vrai là-dedans, et c'est ce qui compte, pas d'y couper les cheveux en quatre.

Est-ce un métier que d'être parent d'enfants qui ne sont pas les nôtres, aux côté des leurs ? Parents d'enfants dont nous ne sommes pas les propriétaires géniteurs ? Certains pathologistes sociaux le pensent. 

Comme toute révolution humaniste, le libéral socialisme médico-pédagogique engendre beaucoup de spécialisations professionnelles idéologiquement agrées dans le consensus puritain moderne.

Est-ce un métier que d'être parent ? Il y faut tellement de folie et d'excès.

Péguy, en tout cas, parla fort bien de la chose, côté père, celui dont on ne parle jamais : « Les pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne. »
Sa phrase fleure bon l'ironie et le défi héroïque, la dignité et la grâce, données avec la modestie d'imprenable patience, face au temporel social-biologique.

Bernanos, lui célébra la haute vertu des mères sans jamais parler maternalisme ou féminisme : « (…) de trop bonnes mères, trop patientes, trop courageuses, si dures à la besogne, si dures et si douces, avec leur tendres cœurs vaillants, inflexibles. »

Un métier ? Certains, à la suite des pathologistes, le pensent. Mais penser est insuffisant pour un parent : comme les deux citations le proclament, il y faut bien autre chose, que le métier ignore et ne veut ni savoir ni voir, coupé du parent. 

Il y faut de la grâce, une grâce qui ne s'analyse ni ne se définit scientifiquement.

Autre chose dont relève le côté professionnel et non l'inverse. 

Il y a une hiérarchie que le métier moderne ignore. Que le métier séparé et spécialisé cherche à nier, quand il se refuse et refuse de ne rien placer au dessus de cette compétence dont il ne tire pas peu de cette vaine fierté qui fait le sentiment de supériorité les plus bas.

Il y a un nihilisme professionnel destructeur de vie et de vérité, donc d'humanité – au cœur de tout "humanisme professionnel".

Être parent n'est pas un humanisme. La relation humaine, étroite ou élargie, sans exception, dans sa qualité, ordonne la compétence et lui donne son sens. Et la relation humaine est elle-même ordonnée, orientée dans ce travail qui fait le métier, qui est aussi un travail sur soi avec l'autre, de la famille ou pas, mais de la famille humaine.

Le métier ne définit pas l'humain, c'est l'humain qui définit le métier, lorsque cet humain-là est conscient de ce qui le définit lui-même, à sa source, et non pas comme « ressource ».






lundi 21 septembre 2015

UNE ÉCONOMIE SOLIDAIRE OU LA GUERRE





« (…) il faut que le revenu équilibre la dépense (…) emmagasiner les biens de l'éternité afin de pouvoir répandre les biens du temps (…) la vie dans laquelle la dépense éthique est équilibrée par le revenu spirituel doit être une vie dans laquelle l'action alterne avec le repos, la parole avec le silence passivement vigilant. (…) Il n'y a rien, dans la Nature vivante, qui ressemble, même de loin, à la plus grande invention technique de l'homme, la roue en rotation continue (...) »



Les générations 68, malgré leurs immenses erreurs et des crimes symboliques difficilement réparables – mais personne n'est parfait – , ces générations d'après-guerre, dont la révolte pacifique, mais hallucinée a eu le mérite de contribuer à arrêter la guerre du Vietnam, ont réussi à sauver une part de l'honneur perdu en refusant dans un premier temps, une société de consommation de puissance irrationnelle et irresponsable.


Avant de sombrer, trahies, dans les compensations du pouvoir économique, le désir d'oublier la réalité cachée du monde moderne et leur défaite, pourtant honorable – seuls ceux qui ne se battent pas perdent tout -- elles se sont perdues aussi, comme les précédentes, corps et biens dans l'océan de la puissance insatiable, illimitée ou plutôt l'étrange et puérile religion domestique-festive romaine qui l'enrobe et la couvre.



La vérité est , derrière chaque chose et chacun, simple comme le moment opaque choisi par une Agence de notation financière internationale pour délivrer le message de sa note scolaire aux pays dits les plus puissants. 

Lois cachées derrière les manifestations « légitimes » de leurs prétendues sécurité et défense, développements et enveloppements. La vérité du système de puissance n'est jamais que celle, diabolique, des guerres de marché, le reste n'est diversion, propagande littéraires et médiatiques.



La puissance est, dit-on, économique et financière. L'économie n'est plus que financière. La guerre l'est aussi, surtout et d'abord. Rebelles et belligérants ne sont que son bras armé par la main invisible "qui marche toute seule", automatisée. La guerre ne se fait presque plus exclusivement, depuis belle lurette, que contre des populations dites civiles : ça ne coûte rien et rapporte gros.



La puissance en acte c'est, le plus souvent, une guerre anonyme contre une société civile non-alignée sur, et non-soumise à ladite puissance, elle-même bras régulateur et législateur de la loi de l'argent, qui, en civilisation juridique, remplace celle, honnie, de la jungle – entendez de la nature « barbare » non soumise au divin marché et ses "divins chevaliers marquis".



L'économie, sous son principe, théoriquement régulateur, de « libre concurrence », n'est que guerre de tous contre tous : cadre d'une loi de principe, tout y est permis dans la mesure d'une « productivité » vénérée de résultats vertueux permettant de désigner le champion standard, « chevalier » blanchi d'industrie, que le Dieu des Affaires – celui censé profiter à tous – aura choisi comme idole, comme totem, comme idéal-type.  

Honte infligée, toujours plus, au véritable esprit de chevalerie, a posteriori : ses champions n'auraient été que barbares déguisés en gentilshommes, à entendre l'Histoire "moderne"

L'Histoire humaine est-elle seulement temporelle ? L'Histoire se réécrit de tous les côtés à la fois, pour plus de sûreté morale économique.



Principe analogue aux anciennes règles de l'Église dans son pire, justification théologique des pratiques les plus barbares au service de Dieu, comme son bras armé : évangélisations violentes, conquêtes sanglantes, inquisitions exterminatrices, croisades rédemptrices, persécutions et destructions purificatrices.



On sait combien, ensuite, au nom d'une prétendue humanité athée et libérée, le principe du « sabre du goupillon » a été remis à la question, pour finalement être remplacé par d'autres, plus barbares encore, mais progressistes-chantant ceux de l'économie et de la politique, deux pseudo-religions modernes, historiquement avancées et conquérantes.



Quand sous prétexte de préservation et d'extension exclusive de sa puissance de domination hégémonique, cette économie politique- se prétend et donne au service des peuples et de la démocratie comme seule alternative possible – entendez bien : ça ou rien, et même moins que rien : la guerre totale – , on ne peut que repenser à l'ancienne position de Rome, au pouvoir absolu, prétendant être et prospérer au service d'un peuple toujours à « élever », mais en le rabaissant d'abord devant Dieu pour mieux le soumettre à des représentants et ministres terrestres « hautement » corrompus.



Pour que tous soient bienheureux, il fallait que son Église soit la première puissance, capable, matériellement, de le convertir, ce pouvoir, en expression ordonnée de puissance céleste représentée, incarnée, comme État Divin. Empire temporel d'abord économique, pour faire entendre raison – sa raisonà un monde ainsi sauvé ou en éternelle voie de l'être.



Le monde de la raison a toujours été religion pratique, pratique religieuse, mystique laïque, romaine, juridico-administrative travestie en système théologique de droit divin conforme, loin des saints et des héros – seulement intégrés après leur mort, trop dangereux vivants pour le temporel officiel.  

Aujourd'hui la rationalité est économique, les croisades sont celles des marchés ouverts, des population éventrées. La « bonne nouvelle » est libérale, les chevaliers d'industrie sont les rois modernes de Druon.



La guerre économique, c'est l'économie de guerre, de la guerre  qui permet pratiquement la liberté absolue et sans contrôle de la fin et de moyens unifiés pour la seule efficacité de puissance

La guerre, moyen de cette économie nouvelle, et l'économie elle-même, raison dite supérieure de cette guerre. La guerre est la raison pratique de sa forme et méthode actuelles.



Beaucoup, dans les médias, parlent d'une complexité qui rendrait "impossible" la compréhension des « conflits » de théâtres extérieurs, du jeu des acteurs et des castings, comme si l'économie ou la politique pouvait expliquer leur vraie raison, alors que tout n'est que "bas" investissement diversifié, savamment distribué et surtout, retour.  

Un produit financier n'a pas d'humanité, ni économique ni politique, il a des ratios de cuisine, pas (besoin) de raison philosophico-politique au niveau stratégique.



La guerre, spéculation majeure sur bénéfices escomptés et toujours majorés, tirés de consommation-destructions maxima de biens et de vies. 

Rien de tel que ces folies meurtrières, ces ivresses mystiques consumées pour relancer les marchés, la consommation, la machine à survivre.



La démographie, elle-même économie supérieure -- puisqu'humaine pure -- : prévisionnel des courbes de reproduction, coupes sombres et explosions, seuils critiques et plafonds de "dépenses".  

"Ressource" humaine, cartographiée et régulée, projetée dans des calculs à long terme, bataillons d'enfants, stocks, rentabilité de niveaux géographiques, culturels ou d'éducation, habitudes de consommation, segments humains prédécoupés, démembrés, comme le prix exact d'un mort indemnisé de guerre. Parc humain. Élevage, abattoir.



Chocs culturels, religieux, générationnels, sociaux, sexuels, technologiques, testés, prévus, accompagnés, ordonnés en vue de réformes, de révolutions ou de guerres : provisionnés, et pas seulement en propagande, « éducation » ou conditionnements de masse, en théâtre intérieur.



L'économie moderne produit la guerre qui produit "l'agit-prop" de la guerre culturelle ouvrant des marchés ouvrant à terme, de nouvelles guerres (…) 

La belle complexité que voilà : l'Occident technicien impérial, issu de toutes ses conquêtes a tissé tellement lignes et de liens de dépendance à effet papillon avec ceux qu'il domina un jour, et qui ne rêvent plus que de dominer à leur tour, – que toute histoire contemporaine n'est plus que ses circuits d'irrigation financière, de prétendu « libre échange ». Déserts et dévastations, désespoirs, perfusions conditionnelles.



N'importe quelle guerre n'importe où est un des nerfs du système « militaro-industriel ». L'ennemi est devenu un client, le client principal, et de plus  actionnaire.



La mondialisation, domestication stricte au sens romain du terme, domesticité économique, transnationale bariolée, multi-ethnique, transsexuelle, multi-culturelle, multi-fonction, multiforme, patchwork mouvant provisoirement agrégé d'arrangements plus ou moins mafieux, carnaval nébuleux, mais fabuleux, fable où tout est recyclé, refourgué, relooké, travesti, repeint, trafiqué et réécrit ; l'argent de l'économie dite « souterraine » intégrant les PIB ou le caritatif, le sanitaire et social ect... 

Bonheur du genre humain dans le meilleur des mondes possible... compte tenu de l'horreur de ce qu'il est. Beau réalisme conceptuel, belle quadrature. Ainsi, le profit de guerre sert-il à la paix et inversement..., comme chez Orwell 1984, selon les cartes sorties des manches ou de sous la table du poker menteur, sous l'écran de contrôle.



Tellement, que personne, si on entend bien ce qui est dit et répété par les armées des médias, ne saurait plus, en haut lieu, qui tire les ficelles, ni comment arrêter le massacre des toujours mêmes vrais gens dits « civils ». 

« Tout est si complexe... » Et le pire c'est que c'est vrai, mais qu'on prétend le contraire en même temps, en surimpression pour la forme simple, pour les simples, comme on disait autrefois. 

Par sa fonction même, aucun haut responsable de quoi que ce soit ne peut reconnaître, officiellement, de, ou ses limites, puisqu'il est, par principe,pour les repousser "héroïquement". 

L'intelligence de leur possible dépassement ne lui est plus octroyée, accordée, prêtée : l'enjeu est trop grand, il n'est plus qu'un pion de plus sur l'échiquier, sans plus de droit au crédit ni de "crédibilité".



La vérité est ailleurs, n'ayant jamais cessé d'y être  : toute économie moderne n'est qu'utopie criminelle, mystique du bien par le mal, une psychologie de surfaces lissées et orientées, normales, consentantes et consenties, même et surtout protestataires, -- mais imposées comme la guerre ou la terreur « produite » industriellement sous forme de menace vitale agressant tout esprit, toute grandeur libre.  Quelle différence ?

Le chant économique moderne n'est qu'un chantage mafieux blanchi. Euphémisation euphorisante de l'ivresse de domination et de  puissance. Hallucination économique collective, pire que celle du malheureux drogué : c'est l'ivresse masquée, dissimulée, du sang.

On ne peut la contredire directement, ou même l'ignorer, et c'est ce qui compte, puisque seule une approbation-déclaration de principe est escomptée, exigée par la loi. Il n'y a pas de légitimité dans la bassesse, il ne peut y avoir qu'une honte généralisée et légitime, qui engendre la folie des fascismes à venir, si chers à nos démocraties avancées... en corruption.

Délégation et représentation, les deux mamelles du mal, transformant le monde ordonné et converti en vache à lait stérilisé, l'argent du beurre huilant les rouages de la machine à vivre et mourir mieux,c pour rien.



Ce qu'on ne peut ignorer est la première et dernière arme de guerre psychologique. En démocratie, cette loi morale si "dévoyable", domine tout. 

La logique psychologique de guerre dévaste, comme une mitrailleuse, toute logique justement, toute culture, toute liberté, toute civilisation, toute raison, toute nature, toute intimité, pendant exact de l'arme financière, elle est raison révolutionnaire ou conservatrice suprême, selon d'où vient le vent.



La psychologie moderne, technique de surface, dans son travail profond est un rapport de force domestique, familial, devenu plus de gangs que tribal ou de racines. Rapport domestique nihiliste, nomade, urbain, virtuel : prix augmentant sans fin, nécessité de, et de se, vendre toujours plus, de toujours tout revendre et racheter au prix fort, toujours plus fort.

Acheter, vendre, racheter, revendre : survie pratique, élémentaire de surpopulation surprotégée comme le lait, tout le monde sait tout, mais personne n'a ni ne peut plus rien, omerta administrative-productrice seule permettant le « business », le « job », la place ou le placement, l'attente, l'espoir et même la « famille ».

La famille même, à nourrir, en prime de rendement, pour le futur meilleur, toujours meilleur et plus cher, plus difficilement facile.



La vérité est qu'on ne peut plus parler et qu'on ne parle plus que pour mentir, chaque mensonge couvrant un crime, guerre ou pas, la collaboration devenue, comme la réalité, incontournable et invivable à la fois pour qui veut survivre, durer, se maintenir et profiter de la vie – entendez de l'horreur cachée de la situation – 

Il suffit d'imaginer ce qu'une grande puissance doit accepter de ne pas voir ou ne pas savoir, pour le rester, pour ne pas perdre les "clients" qui font sa « prospérité » – d'imaginer les trafics d'une prison surpeuplée de criminels en tous genres : le monde est sa cour, son enfer, son Reich, ses cellules, ses règlements, autant de comptes qu'intérieurs et tacites.



Pour faire la guerre comme pour faire une révolution, les criminels, prisonniers-débiteurs sont là. Portant les valises de billets, organisant les massacres, répandant les mensonges, activant les révoltes, informant les indignations standard qui feront la une médiatico-politique dans la tête des bons citoyens et des honnêtes gens, couverts, qui, à leur tour, pousseront « démocratiquement » « l'opinion » contrôlée à l'intervention armée. Enfin!

Personne ne pourra plus, n'osera contredire – sacrilège civille voisin conforme, d'autant moins qu'un avis divergent ne peut que faire le jeu de l'ennemi honteusement déclaré, comme lui. Tous patriotes ! Garde à vous !



D'un autre côté on s'assure de prêteurs-profiteurs, les rassure de garanties officielle dûment votées en retour sur investissement.  

Tout le monde, naturellement heureux, d'une industrie très spéciale, mais à la pointe des progrès, tournant à plein régime, même, tout en bas, les ouvriers, qui n'y sont soit-disant, pour rien. Pas le temps de penser : tant d'autres le font pour eux et mieux qu'eux, en démocratie commerciale.



Nous savons qui est responsable des éternelles horreurs de guerre et pourquoi, mais les responsables eux-mêmes ne peuvent avouer leurs crimes : ils en sont les premiers prisonniers, premiers débiteurs du système, et nous-mêmes prisonniers de ces responsables.



Premiers responsables de ces responsables, dont nous attendons les faveurs en retour. Portés au pouvoir comme on s'incline devant un Parrain  : avec crainte, celle du lendemain qui ne chante plus. 

Il n'y a plus de responsables, mais des protecteurs et des filets, des parapluies ou des parachutes. On s'incline lentement avec la jouissance malsaine du futur profit mal acquis, celui des malins stimulés dans le sens du poil bien replié comme il faut.



On massacre à tout va partout, beaucoup dans cet Orient tout proche, si proche. Où tout le monde finit par massacrer aveuglément, mais « légitimement » tout le monde, comme d'habitude. Qu'est-ce que la légitimité au juste ? Un confort intellectuel moderne ? 

Les pires barbaries sont financés par notre absence de conscience, London le disait déjà; nos circuits, notre système, notre corruption, nos réseaux « d'amis », nos alliances d'intérêts contre nature. Le cancer est généralisé depuis bien trop longtemps, on accepte qu'il y ait pas de solution, plus de solution, plus d'alternative, plus d'espoir, plus de chance

On continue de plus belle, on sombre avec fierté, emportant tout avec nous, comme tout petit tyran cruel. Caligula de poche, chien de sa maman.



Il faut dire qu'il y a une humanité qui ne fait pas partie de la famille, à qui nous n'en laissons pas beaucoup, de chance, mais qui nous le rend bien : le chaos est son testament, sa réponse empoisonnée, sa vengeance et malédiction. La haine, avenir radieux.



Le chaos appelle des solutions radicales, qui attendent leur tour et retour, -- et surtout leurs "retours" -- le regret de leur triste nécessité, lois sur le terrorisme, contrôle administratif-policier intégral

Les but cachés des guerres sont les révolutions, des révolutions précises. Intégrées, « modernisations », « nécessaires mutations », « mondes nouveaux », d'illusions et de perfusions, de « nouvel ordre », où tout sera permis, adapté, mais, hors de là, plus rien, possible

Ce qui est touché : les invariants dits anthropologiques, les constantes, les fondamentaux, les élémentaires, les essentiels, la nature humaine et non humaine, les repères, la mesure, le respect, le mode de vie, le travail, le partage, l'intimité, la différence et de la solitude unitives, la vérité non-officielle, anhistorique.



Ces solution « radicales » en attente interdisent de sortir du chaos nécessaire à leur avènement salvateur-salutaire. L'esclavage, né de la guerre, naissant de la guerre, doit être bénédiction vénérée comme sa suspension provisoire, opium, illusion enchaînée de sa cessation : il n'en est que la subtile continuation civile, économique

« Estimez-vous heureux... ». Elles nous interdisent à distance de faire le ménage, de se laver, de se racheter, de se purifier comme après un viol : il faut être désespéré pour pouvoir jeter de nouveau dans le grand feu dont parlait Bernanos. Tout dirigeant est non seulement impliqué, mais surveillé. « Big Brother is watching you. » Tout le monde surveille tout le monde et surtout les surveillants dickiens.



Tout le monde touche, croque, vit de, en est, personne n'est libre, c'est le système, plus on est haut, moins on peut s'élever. On ne s'y élève que contre, et à partir d'eux –, ceux d'en bas, pas contre la bassesse du principe intégré, rehaussé sale

Plus de position élevée définitive, comme l'honnêteté, chacune  destination de transit sans fin, pause, sursis, pas de point ni de date fixe de départ. Dans la servitude douce tout est provisoire, mouvant, émouvant, trompe-l'œil, apparence sauvée, comportemental, mental, sentimental, joué, domestique, administré, représenté, faussé, orchestré

On n'arrive nulle part, « au bout de la nuit ». Mais pas d'existentialisme là-dedans, que du mal, Céline l'avait bien vu dès 14.



Pour sortir du vice économique du seul marché, il faut renverser la table de jeu, une économie solidaire au sens strict, non social, plus réelle et exacte que la comptable : ce qu'il faut comptabiliser, ce ne sont pas les biens, ce sont les qualités éternelles des personnes et des biens. 

Ce qui compte ce ne sont ni les grimaces ni les simulacres de la guerre intérieure de puissance, c'est l'être, c'est à dire la liberté concrète unitive qui donne sens, poids, valeur, équilibre, vérité, provisoires et définitifs, confiance et paix intérieures. C'est le théâtre intérieur.



Cela seul stoppe, épuise, assèche, annule la guerre civile ou mondiale. Rien ne peut le remettre en question – surtout pas la guerre – puisque ce n'est plus l'esclavage, c'est "cela" – payé au prix fort – qu'elle nous apprend depuis toujours, mais trop tard... « Si c'était à refaire... » Elle ne peut que le renforcer, ce cela-là, aussi celé soit-il. La mort parle.



C'est l'élévation possible, permise, ouverte comme une main face au pire, du fond du gouffre, de la cellule, du prétendu dilemme, comme révélation solidaire qui n'a rien à voir avec le sentimentalisme des humanitarismes intéressés, productifs.



Pour arrêter une guerre, il n'y a rien demander à, ni à attendre de ceux qui la font.
Le croire et le vouloir économiquement  suffit : toute économie solidaire est entre des mains déliées par la conscience

Par l'objection citoyenne ET personnelle de conscience morale ET sociale, conscience humaine normale ordinaire, sources du sens et de la décence communs.

Dignité interdite en retour aux politiciens sur le retour . L'économie de demain sera pré-politique et pré-échangiste, comme la paix d'avant-guerre, la paix d'avant la modernité criminelle de 14.

 
« (…) la concentration à but unique de l'exclusion est, dans le cas le plus favorable, une préparation à la concentration à but unique de l'inclusion (...) »